Homélie du 15ème dimanche ordinaire par Louis Piront

15 dimanche ordinaire b envoyes 2 par 2Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 12 juillet.

Nous avons tous des projets différents, diversifiés. Notre projet à chacun a quelque chose de foncièrement limité, mais participe en partie, et à sa façon, au projet de Dieu qui va bien au-delà de nos projets.

Entrer dans l’aventure de la foi nous pousse à regarder au-delà de nous-même et de notre vision des choses. Amos, un paisible berger et agriculteur, dans une petite ville de Judas, en fait l’expérience : Dieu le « saisit » de derrière son troupeau, comme il avait saisi David. 

Il y a quelque chose, dans l’appel de Dieu, qui en impose, mais sans s’imposer : c’est son projet qui en impose : son désir de rendre l’homme heureux.  Et cela semble tellement logique pour le prophète, de  répondre à l’appel de Dieu pour participer à la construction du bonheur de l’humanité …

Le « venez et voyez » de Jésus sera du même style. Pourtant, quand on ne le reconnaît pas pour ce qu’il est, il ne s’impose pas … Il va ailleurs et continue sa mission de témoin de l’Amour du Père.

Cela se dégage également des recommandations que Jésus fait à ses disciples : « Si, dans une localité où vous entrez, on refuse de vous accueillir, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage »

C’est exactement ce que font  St Paul et Barnabé à Antioche de Pisidie, quand les choses se sont gâtées.

Ne voyons pas dans ce geste quelque chose de méprisant : cela veut simplement dire que le témoin ne s’impose pas, qu’il ne veut rien « prendre », même pas la poussière qui s’est collée à ses pieds.

A retenir aussi de l’évangile de ce jour : Jésus envoie ses disciples 2 par 2 : Cela se reproduit plusieurs fois dans l’Evangile :

Il envoie 2 disciples pour aller chercher l’ânon pour son entrée à Jérusalem. Même chose pour la préparation de la salle pour la dernière Cène : 2 personnes sont plus crédibles qu’une seule. Il fallait aussi 2 témoins pour instruire une affaire.  L’évangélisation est aussi une affaire detémoignage : ce n’est pas une affaire individuelle …

Il ne s’agit pas d’être témoin d’un savoir de façon cérébrale : le témoignage doit passer du cœur au cœur, comme disait St François de Sales.

Ce témoignage ne peut se contenter de témoigner de valeurs, aussi belles soient-elles. Il révèle une rencontre qui nous fait vivre et qui donne du goût, de la saveur  à notre vie : « vous êtes le sel de la terre » !

Le témoignage est aussi une affaire de visibilité :  « venez et voyez ! ».

Les yeux des gens qui vous voient vivre sont comme des caméras de surveillance (souriez, vous êtes filmés): ils vous épient, surtout s’ils savent que vous êtes chrétiens … Un peu comme des enfants qui n’arrêtent pas d’observer leurs parents, surtout lorsqu’ils ont l’air de ne pas faire attention à ce qui se passe …

Souvent, pas toujours consciemment,  les gens espèrent trouver en vous,  une image du Christ, de l’Evangile et d’une Eglise qui réponde à ce qu’ils en attendent.

« Que les hommes, en voyant vos bonnes œuvres, rendent gloire à votre Père » disait Jésus.

         Le témoin emportera avec lui le strict nécessaire : un bâton et des sandales pour la route : pas de pain ni de l’argent. Pas de tunique de rechange.

Je vois déjà tous ceux et celles qui se trouvent à la veille des vacances devant leur garde-robe, en train de se demander quels vêtements ils vont prendre, surtout lorsqu’il faut limiter le poids des valises. Et comme ce sont les soldes, en plus, et bientôt la présentation des collections d’hiver : quel embarras du choix !

 En entendant cette consigne « pas de tunique de rechange », les apôtres ont dû penser à leurs pères dans la foi, la nuit de leur départ d’Egypte : « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main… »

La longue marche du peuple de Dieu, de l’Eglise, exige mobilité, disponibilité, liberté d’esprit.

Et pour nous, chrétiens, nous nous souvenons de la parole de St Paul : « vous avez revêtu le Christ. On ne peut quand-même pas changer cet habit du christ comme on change de chemise ou de veste !! Suivant nos caprices ou les circonstances de notre vie !!! ou encore du public que nous rencontrons…

Il y a des gens qui sont un jour chrétiens, un autre jour bouddhistes, parce qu’ils sont incapables d’intégrer les valeurs venant des autres religions ou philosophies, tout en restant eux-mêmes. Il s’agit de rester avec le même habit : le Christ.

Il ne faut pas non plus se laisser impressionner par les oppositions et les persécutions : d’après le récit de Marc, les disciples viennent d’assister à l’échec de Jésus à Nazareth : il semble bien que la persécution doive être de tout temps le lot des prédicateurs et des prophètes : exemple aujourd’hui, dans la première lecture, avec le prophète Amos : « vas-t-en d’ici avec tes visions !! ».

         On peut se poser une question : si l’évangélisation consiste à annoncer partout l’amour et le pardon de Dieu, pourquoi y a-t-il tant d’opposition ??   Parce que l’homme a la « nuque raide » comme disait déjà Moïse : il s’est fait une image de Dieu qui l’arrange mieux : Si Dieu est Amour et pardon, il va fatalement nous demander d’être à son image … une remise en question que l’homme n’est pas prêt à assumer.

Nous avons tous une destinée de prophète à accomplir … laquelle ? La réponse est à donner dans le cœur de chacun d’entre nous, en tenant compte des dons que nous avons reçus, desfragilités qui nous habitent et des forces qui nous soutiennent.

Nous avons un message à transmettre, mais pas seulement en paroles : le message doit vraiment nous habiter pour que toute notre personne, paroles et actes, reflète ce que nous annonçons.

Il nous faut partir ensemble : inventer des projets communs qui deviennent des signes d’un monde nouveau qui se construit. Le seul vêtement que nous emportons avec nous, c’est le vêtement de notre baptême : pas besoin d’un vêtement de rechange : nous avons à revêtir le Christ et à partir avec, comme seul bagage, notre foi, en faisant le pari de la confiance, en sachant que, comme le Christ, nous n’avons aucune garantie de réussite, mais que nous sommes livrés comme Lui, au bon vouloir de ceux que nous rencontrons.