Homélie du 14ème dimanche ordinaire par Thierry Dobbelstein SJ

14 dimanche ordinaire b jesus propheteHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 5 juillet.

Il y a une grande proximité entre « confiance » et « foi ». En Latin c’est d’ailleurs le même mot « fides » qui signifie autant « confiance » que « foi ». Cette parenté des deux concepts se retrouve dans l’évangile d’aujourd’hui.

Les contemporains de Jésus – ses voisins – ont beaucoup de raisons de croire en lui, mais ils ne le font pas ! Ils ne font pas confiance à ce qu’ils entendent – « Cette sagesse, d’où cela lui vient-il ? » – ni à ce qu’ils voient – « Quels sont ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? » Ils ne croient pas en lui, car ils réduisent plutôt Jésus à ce qu’ils connaissent de lui, à ce qu’ils croient connaître de lui – « C’est le charpentier, le fils de Marie, le frère (ou le cousin si vous préférez) de Jacques, de José, de Jude et de Simon ».

 

Qui d’entre nous peut affirmer qu’il connaît de manière définitive et complète quelqu’un d’autre ? Faire confiance signifie précisément qu’on ne réduit pas une personne à un cadre fermé. Elle est toujours davantage que ce que je perçois d’elle, et même que ce qu’elle perçoit d’elle-même ! La confiance suppose de repérer les indices de ce « davantage » : quand je prends conscience de tels indices, je m’étonne, voire je m’émerveille, car je devine qu’il y a plus en cette personne !

Tous les parents, tous les éducateurs vous diront combien cette confiance est indispensable pour les jeunes qu’ils accompagnent. Des miracles sont possibles chaque fois que le jeune reçoit des paroles d’encouragement. Paroles qui expriment que le jeune n’est pas arrivé à son terme, à son maximum et qu’on croit en lui, qu’on parie sur lui. Nous connaissons tous l’effet de paroles d’émerveillement : « Tu as de beaux yeux ! » ; à l’inverse, une parole comme « Tu es vraiment le fils de ta mère… ou de ton père ! » – avec le ton qui l’accompagne – peut tuer. D’un côté on ose s’envoler, de l’autre on a les ailes coupées.

Avec Jésus il n’en va pas autrement ! Il semble avoir les ailes coupées par les gens de son village. Ses contemporains l’enferment dans une identité fermée. Peut-être ses frères ou cousins n’étaient-ils pas édifiants : entre voisins, on peut passer beaucoup de temps à médire, et à se couper les ailes mutuellement. Et Jésus en souffre – « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison » – et il s’étonne de leur manque de foi.

 

Cette année nous avons chanté plusieurs fois le refrain de la chanson ‘Actes d’Apôtres’ : « Tu crois en Dieu qui croit en l’homme, tu crois en Dieu qui croit en toi ». Nous pouvons d’abord adresser ces paroles à Jésus : il est l’homme par excellence qui sait que Dieu le Père a foi en lui. C’est son acte de foi primordial, c’est la colonne vertébrale de son existence. Et cette confiance fondamentale lui fait vivre une vie divine. Il n’a pas besoin d’accumuler les richesses pour se rassurer. Il n’a pas besoin de se faire proclamer roi et d’accumuler les titres pour se grandir – il a plutôt l’habitude quand les foules le pressent, de fuir dans la solitude de la montagne pour se connecter à son Père. Il n’a nullement besoin d’écraser son interlocuteur pour se mettre en valeur – qu’il s’agisse d’une femme samaritaine, d’un légiste pharisien ou d’un centurion romain : chacun est rencontré avec dignité. Tous ces comportements résultent d’une confiance  qu’il reçoit de son Père. Et cette confiance qu’il reçoit, il l’a rend à son Père. Il suffit reprendre chacune des demandes de sa prière, du « Notre Père » pour sentir combien Jésus a foi en son Père. Réciprocité du « Tu crois en Dieu qui croit en toi ». Réciprocité et fécondité : que de miracles résultent ou découlent de cette foi ! Car les comportements de Jésus grandissent chacun de ses interlocuteurs.

 

Et pour nous ? Avoir foi en Dieu doit nous grandir, mais aussi nous fait avoir foi en l’homme. Si nous croyons en Dieu, nous croyons aussi que tout homme est à son image. Aucun homme ne peut dès lors être enfermé dans une étiquette trop étroite. Nul ne peut être réduit à ce qu’il semble paraître, à l’image qu’on a de lui, à l’image qu’il donne parfois de lui-même. Il est plus que cela, puisqu’il est à l’image de Dieu.

Ceux parmi nous qui vont à la rencontre des prisonniers en prison – malgré les « A quoi bon perdre votre temps avec de telles personnes qui ne le méritent pas ! » – vivent de cette conviction : « Tu es plus que ce que tu as réalisé. Et je fais le pari que tu peux encore réaliser de belles et bonnes choses dans ta vie ; je crois, je veux croire que tu peux cela ». Ceux qui accueillent ou qui vont rendre visite en font plus qu’une conviction personnelle : par leur visite elles réveillent la confiance de ces personnes. Et des miracles se produisent. Des personnes s’ouvrent, des personnes recommencent à faire des projets, des personnes entreprennent des démarches de demande de pardon.