Homélie du 13ème dimanche ordinaire par André de L'Arbre SJ

13 dimanche ordinaire b fille de jaireHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 28 juin.

« Prenant la main de l’enfant, il lui dit : ‘Petite fille, lève-toi !’ » On songe spontanément à la main de Dieu qui communique la vie à l’homme dans la fresque de Michel-Ange sur la Création.

Tout part de la prière du papa, une prière pleine de confiance : « Viens vite, Seigneur, ma petite fille va mourir. Viens vite pour qu’elle vive ! » Jésus n’hésite pas un instant.

Quand les gens avertissent brutalement le père que sa fille est morte, Jésus réagit aussitôt : « Ne crains pas, crois seulement ». Le chrétien est celui qui croit dans la toute-puissance de Dieu et qui lui fait confiance. Oui, mais on objecte aussitôt : « Les malades restent malades, les enfants qui meurent ne se relèvent pas, ces histoires de miracles font sourire ou pleurer. Elles ne changent rien ! »

Elles peuvent tout changer si elles éveillent enfin, au-delà d’une confiance vague, une vraie foi, celle que l’Evangile définit en disant qu’elle sauve : « Va, ne crains plus rien, ta foi t’a sauvé. » Mais quel pas à faire, à refaire sans cesse, pour arriver à cette foi en la force de résurrection qui émane si puissamment de Jésus ?

Il ne s’agissait pas seulement de rendre la vie à cette petite fille. Ce serait complètement passer à côté de la leçon de Marc. L’expression « lève-toi » qui suit la remarque de Jésus « elle dort », nous renvoie à une antique liturgie du baptême où la puissance de Jésus est célébrée comme puissance de résurrection : « Eveille-toi, toi qui dort, lève-toi d’entre les morts, et sur toi resplendira le Christ. » (Ep 5,14)

Oui, Jésus a rendu la vie cette enfant. Quand on ne peut pas croire cela, est-ce qu’on croit vraiment à l’Incarnation, à la venue de Dieu sur terre en Jésus ? Mais par ailleurs, ce miracle, ce geste passager de la tendresse de Dieu est encore bien plus le signe de son amour éternel qui éclatera dans la Résurrection.

Tous les miracles de Jésus sont des signes qui annoncent sa victoire sur la mort, son triomphe définitif sur toutes les forces du mal. Les sacrements sont aujourd’hui les signes visibles et efficaces de cette même victoire, de ce même triomphe de la vie et de l’amour dont Dieu nous comble. Et le sacrement central est celui que Jésus a célébré la veille de sa mort pour que la puissance de sa vie et de son amour nous accompagne chaque jour de notre existence.

Je vous lis quelques lignes du cardinal Danneels sur les sacrements. Ces sacrements nous rappellent les gestes de Jésus il y a 2000 ans, ils nous donnent la vie et la tendresse de Dieu aujourd’hui et ils annoncent déjà le bonheur plénier qui nous attend au ciel. Le cardinal dit ceci :

« L'eucharistie christianise ce qui appartient fondamentalement à la vie humaine : manger et boire. Sans elle, vous ne pouvez être chrétien, car d'elle découlent tous les autres sacrements. Mais elle est avant tout l'événement de la Croix et de la
Résurrection sous forme de signe, la source fondamentale de la bénédiction, de la grâce donnée par Dieu. Tout le reste y est inclus, y mène ou en découle.

Le baptême, en effet, n'existe pas pour lui-même : il est le chemin d'accès à l'Eucharistie. La confirmation veut rendre le chrétien adulte pour qu'il puisse vivre l'Eucharistie. L’onction des malades découle en droite ligne de la messe
chrismale célébrée par l'évêque le Jeudi Saint. L’ordre est là pour permettre à l'Eucharistie de se réaliser au présent. Le mariage appelle l'Eucharistie comme les noces de Cana appelaient le vin : dans la relation homme-femme se célèbre le
même mystère que dans l'amour du Christ pour son Eglise.

Dès le plus ancien enseignement de l'Eglise, il est évident que l'Eucharistie rassemble tout. L'Eucharistie est, en effet, le début de l'accomplissement ultime de toute chose, quand le Christ sera tout en tous. Elle est donc déjà une sorte de tête de pont : dans le pain et le vin, la création est déjà tellement absorbée en lui qu'elle est devenue le Christ lui-même, sans pour autant perdre son apparence extérieure. L'Eucharistie est un
événement eschatologique. En un point déterminé, elle anticipe ce qui arrivera à la Création tout entière à la fin des temps. »

Demandons au Seigneur, les uns pour les autres, une foi plus ferme et  plus vivante. Amen.