Homélie du 12ème dimanche ordinaire par Thierry Dobbelstein SJ

12 dimanche ordinaire b tempete apaisee 1Homélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 21 juin.

Cette semaine je rencontre un jeune étudiant. Il m’avait fixé rendez-vous pour me poser des questions : il voulait faire le point dans sa foi.  « Pourquoi le christianisme est-il si difficile à comprendre ? » Sa question me surprend d’abord, car pour moi la Bonne Nouvelle est si simple ! Mais l’étudiant interrogeait le statut des textes religieux. Comment les interpréter ? Et la question me semble pertinente au vu des textes de ce dimanche.

Jésus calme la tempête. Comment comprendre cela ? Est-ce historique ? Et si ce l’est, pourquoi y a-t-il encore des victimes dans les tempêtes de nos jours ? N’est-ce pas d’autant plus révoltant quand ce sont des exilés, qui fuient guerre, violence ou pauvreté, et qui meurent dans la Méditerranée. Si mers et vents ont obéi à Jésus ce jour-là, est-ce qu’ils lui obéissent encore aujourd’hui ?

Finalement ce sont de bonnes questions, à ne pas éviter mais à creuser. Le croyant est un pèlerin chercheur ; le croyant n’est pas d’abord le bon élève du caté qui connaîtrait les bonnes réponses.

Il y a deux semaines, nous avions la dernière matinée de caté-TOUS de l’année. Les parents étaient invités pour une matinée avec leurs enfants. Mais cette fois, ils ont eu l’occasion d’aller dans l’équipe de catéchisme de leur enfant pour voir et entendre ce qu’ils y ont vécu au cours de cette première année. Une maman de conclure : « Cela n’a plus rien à voir avec le catéchisme que j’ai reçu ». Effectivement, moins de réponses dans le caté d’aujourd’hui, mais une recherche qui épouse la réalité de nos vies quotidiennes !

 

 

Cette longue introduction pour que nous nous posions la question du statut des textes de ce dimanche.

Peut-être le récit d’aujourd’hui s’appuie-t-il sur un événement concret, mais il a très certainement un sens symbolique. La mer – ou plutôt le lac – est le symbole du monde du mal. Les hébreux ne sont pas de grands navigateurs. Par ailleurs le lac de Tibériade est réputé pour la violence et la fulgurance de ses tempêtes. La barque est le symbole de la communauté, de l’Eglise.

Marc nous raconte : « Ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. » Nous pouvons traduire dans un premier temps : « Ils emmenèrent Jésus dans leur communauté, et il y avait d’autres communautés. Survient une tempête : le mal, la discorde, la maladie se déchainent, frappent et secouent la communauté, si bien qu’elle prend l’eau ». Tout d’un coup, cela devient très réaliste, cela peut ressembler à notre communauté paroissiale. Encore davantage si on ajoute : « Jésus dort », d’autres complèteront de nos jours : « Dieu est mort ».

Une deuxième possibilité consiste à relier ce récit à l’expérience des apôtres dans les jours de la passion : « Le mal et la violence (avec une vraie collusion du pouvoir politique de l’occupant et du pouvoir religieux de l’occupé) se sont déchaînés, ont frappé et ont gagné… et voilà que Jésus dort… pour l’éternité : on vient de le déposer au tombeau ». Il y a de quoi être frappé d’angoisse et de hurler : « Cela ne te fait rien ? Nous sommes perdus ! »

Une troisième circonstance qui convient pour comprendre le texte : celle de l’écriture de ce passage de l’évangile. Marc écrit ce récit lorsque l’Eglise est en pleine tourmente : Simon-Pierre a été martyrisé et la jeune communauté romaine est dispersée. Or Marc a insisté : il s’agissait d’aller sur l’autre rive, c’est-à-dire loin de la patrie rassurante : ils avaient quitté leur pays rassurant pour rejoindre le pays des païens.

Enfin, chacun peut contempler et comprendre ce passage de l’évangile, avec ses propres sentiments et son expérience du mal, le jour où vous êtes écrasés par l’angoisse et le désespoir. Vous verrez combien il peut vous parler !

 

 

Et dans toutes ces circonstances, il est donc précisé que Jésus dort. Cela me plaît : il n’est pas tel un superhéros hollywoodien. Il est fatigué, comme il nous arrive si souvent d’être fatigués.

Mais ce qui me touche spécialement à une époque où beaucoup de contemporains se disent adeptes du Bouddhisme, c’est que Jésus devrait leur apparaître comme un modèle en matière de ‘zénitude’ : il semble échapper complètement à la souffrance lors d’une situation de mort – un must dans le bouddhisme ! Capable à ce point de maîtrise de soi.

L’image qui me vient est celle du petit enfant. Vous savez, comme adultes, combien les angoisses peuvent rendre notre sommeil léger : le moindre bruit peut nous réveiller, la moindre distraction peut nous empêcher de trouver le sommeil. Le petit enfant au contraire peut rester endormi, lors d’une fête familiale, malgré le bruit et la musique. Il nous étonne parce qu’il est dans cette confiance – son père, sa mère veillent sur lui. Visiblement Jésus vit quelque chose de semblable dans son sommeil. Sa confiance infinie dans le Père, lui permet un sommeil profond.

Bref son sommeil nous parle autant de son humanité que de sa divinité.

 

 

Enfin, il se réveille, ou plutôt on le réveille. Et il s’écrie « silence ». Dieu produit-il les tempêtes, déclenche-t-il les orages ? – comme on l’a longtemps cru dans les religions primitives ou dans les mythologies. Comme chrétiens, nous répondons clairement « Non ! » Si Dieu intervient c’est pour calmer les tempêtes. Et si nous sommes des chrétiens éclairés nous rajoutons : « Dieu intervient pour calmer les tempêtes de la violence et les orages du mal, les rafales de l’orgueil ».