Homélie du 12ème dimanche ordinaire par Louis Piront

12 dimanche ordinaire c celui qui veut marcher a ma suiteHomélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 19 juin.

Pour vous, qui suis-je ? Nous serions sans doute assez étonnés d’entendre ce que chacun, ici, pourrait dire à ce sujet …Assez déçus aussi d’entendre ce qui se dit à l’extérieur : Pour les plus proches, ce serait une prophète, pour les plus éloignés, ce serait une légende qu’on raconte aux enfants, avec quelques belles histoires moralisantes qui ont façonné une culture qu’on appelle judéo-chrétienne, plutôt culpabilisante, doloriste.

D’autres diront : Jésus : oui, mais l’Eglise : non. D’ailleurs, les gens qui, vont à la messe ne sont pas meilleurs que les autres, et les curés sont encore pires !

On peut entendre tout et son contraire, même parmi les chrétiens eux-mêmes : certains sont parfois bardés de diplômes supérieurs, mais en sont restés aux images de leur enfance, au niveau de leur formation religieuse … Ceci est un constat, pas un jugement de valeur !!...

Et comme il y a actuellement un brassage énorme de toutes les cultures et de toutes les religions, certains construisent leur foi en y mettant « un peu de tout ». Au lieu de développer une réflexion à partir de ses propres racines, en les confrontant aux questions posées par la présence d’autres façons de penser, le chrétien risque aujourd’hui d’abandonner ses racines pour se lancer aveuglément dans n’importe quoi, comme un bateau qui n’a plus de gouvernail, ni de boussole et dont la voile est ballottée au gré des vents.

La foi n’est pas un héritage que l’on reçoit comme un prêt-à-porter.

Il est évidemment plus facile de reprendre une  formule comme celle que nous prenons cha      que dimanche pour proclamer notre foi.

Mais il est tout aussi facile d’abandonner toute formule en se limitant à notre vérité personnelle …

Ce qui est nettement plus difficile, c’est de se maintenir dans une confrontation continuelle et de rester sur un chemin de réflexion durant toute sa vie …

Ne faut-il pas laisser mourir nos rêves et nos ambitions pour retrouver nos vraies racines bibliques concernant notre foi en Jésus ? Un peu comme les 2 compagnons d’Emmaüs se laissent interpeller par ce compagnon qui vient les rejoindre et leur rappeler le sens des textes bibliques …

« Nous annonçons un Messie crucifié » dit St Paul, « scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs », mais sagesse d’un Dieu qui se révèle tout autre par rapport aux images que nous nous sommes fait de lui.

« Pour vous, qui suis-je » nous dit Jésus, aujourd’hui.

C’est la question de confiance posée par Jésus après la multiplication des pains.

Comme pour dire : jusque maintenant, vous m’avez suivi en projetant vos rêves sur moi. Mais connaissez-vous mon programme ?  Je ne suis pas un genre de politicien qui mettrait dans son programme tout ce qui vous plaît pour attirer vos votes ! Mon programme risque de m’attirer plus d’ennemis que d’amis !!!

Je sais bien que ceux qui vont m’acclamer à l’entrée de Jérusalem sont les mêmes qui crieront « à mort » quelques jours plus tard.

Voilà mon programme :

Aimer jusqu’au bout, jusqu’à pardonner, aimer ses ennemis.

Construire  une communauté qui sera signe de cet amour que je vous révèle.

Construire la paix sur la base de la justice …

Ce programme passe par la croix…

Prendre la croix de Jésus, quand on est baptisé, c’est prendre le risque de plonger dans le bain avec lui, plonger là où il a plongé … en plein au milieu des injustices pour les dénoncer et les combattre, plonger dans la souffrance des hommes pour accompagner ceux-ci sur un chemin libérateur, en solidarité avec eux, plonger dans un bain où les privilèges sont abolis !!

Il s’agit aussi de plonger dans le bain d’une communauté, l’Eglise, où il faut bien accepter que tous, autant que nous sommes, nous vivons des tiraillements, des divisions, des mesquineries. Il est bien difficile de ne pas voir l’ombre de la croix sur cette famille dont nous sommes les membres et qui  pourtant, à certains moments, nous agace et nous fait souffrir …

Aucune communauté n’est parfaite, aucune famille n’est parfaite et c’est pourtant au sein de cette famille, de cette Eglise, que nous avons été nourris à l’Evangile. Prendre sa croix, c’est aussi aimer l’Eglise telle qu’elle est, tout en voulant apporter notre contribution à son évolution vers une fidélité de plus en plus grande à l’Esprit qui l’anime.

Cela ne se fait pas sans souffrance.

« Il faut que le fils de l’homme souffre » …

C’est la vulnérabilité et la souffrance  de l’amour qui ne trouve pas toujours de la réciprocité en face de lui.

C’est la souffrance de l’homme qui prend conscience de son incapacité à répondre adéquatement à l’amour qu’il a reçu de Dieu.

Voilà le baptême dans lequel nous sommes plongés. Mais nous sommes appelés à prendre ce risque avec une grande confiance qui nous fera marcher avec une espérance sans cesse renouvelée, comme les disciples d’Emmaüs, lorsqu’ils ont reconnu Jésus à la fraction du pain et qu’ils sont retournés vers Jérusalem pour partager leur espérance retrouvée avec leurs compagnons et devenir témoins de ce Jésus « livré » en se livrant eux-mêmes totalement…