Homélie du 11ème dimanche ordinaire par Thierry Dobbelstein SJ

11 dimanche ordinaire c le parfum de la pecheresseHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 12 juin.

Avez-vous déjà pris le temps de contempler la scène ? C’est un conseil que nous donne Ignace de Loyola quand il décrit comment effectuer une contemplation évangélique. On essaie de se représenter la scène évangélique comme le ferait un réalisateur de cinéma. Quel décor planter ? Où se trouve Jésus ?

A quoi ressemble-t-il ? Voir les personnages, d’abord Simon le pharisien, si fier d’accueillir dans sa maison ; il a choisi ses invités comme il choisit en général ses relations. Voir la femme, et observer la réaction de Simon et de ses invités. On peut entendre comment le silence s’installe dans la maison, quand la femme fait son apparition ! On entend le silence s’approfondir au fur et à mesure que les gens la repère, et que les regards gênés se tournent vers elle, passent de Jésus à Simon.

Et puis on peut entendre ce que dit Jésus, non seulement écouter ses paroles, mais aussi imaginer son ton de voix… quand il se tourne vers Simon, raconte une histoire et l’explique, puis qu’il se tourne vers la femme.

Quand vous faites cet exercice vous laisser la parole de Dieu entrer dans vos vies, et réciproquement vous laisser entrer vos vies dans l’Evangile. On se rend compte que les évangélistes sont relativement succincts quand ils nous racontent une scène. Ce qu’ils nous racontent c’est comme un résumé, ou un squelette. Par exemple : « Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse ». C’est court ! Or nous voyons et observons tellement de choses quand nous nous plongeons dans la scène : la chair du récit c’est nous qui l’apportons. C’est une chair qui est faite de nos propres expériences, de nos propres rencontres.

Tantôt Simon nous ressemble : fier, froid, sûr de lui, fort d’une autojustification qui toise les autres. Tantôt c’est la femme pécheresse qui a nos traits et nos attitudes : nous n’osons lever le regard, tristes, en larmes, très affectifs car très affectés. Nous sommes alors dans la scène : la parole de Dieu nous parle parce que nous sommes Simon ou bien nous sommes la femme pécheresse. La parole de Jésus nous parle, que nous soyons l’un ou que nous soyons l’autre.


Pour Simon, avez-vous remarqué, comment il raisonne : les autres sont réduits à des catégories. Ce Jésus est mis dans la catégorie « pseudo prophète » : « Si cet homme était un prophète, il saurait… » La femme est mise – ou plutôt réduite elle aussi – dans la catégorie « pécheresse ». Et comment Jésus répond-il ? Quel est son premier mot, qui vient rompre le silence embarrassé ? « Simon ! » Un prénom, son prénom ! Très cher pharisien prétentieux, tu es d’abord Simon, un homme de bonne volonté, un enfant de Dieu, unique avec un prénom. « Simon ! » Il peut dire « Thierry, Joseph, Josiane, Eléonore… » Et Jésus réserve une petite histoire toute pédagogique ; cette petite histoire permet une relecture des événements, des gestes qui ont été posés et de ceux qui ne l’ont pas été. Avant de se tourner vers la femme et de s’adresser au final uniquement à elle : « Tes péchés sont pardonnés ».

Cette double rencontre est au cœur de notre foi ; Paul l’exprime en ces mots : « ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ». Nous risquons tellement, nous qui nous disons croyants et qui en plus faisons l’effort de venir à la messe le dimanche, de nous justifier par nous-mêmes ! « Je suis bien, je suis bon, j’ai de la valeur par ce que je fais ! Alors que chez tous les autres, que de négligences, que de corruption, que de paresse ! » Ce n’est pas en observant la loi, ce n’est pas par mes effort que je suis juste. Je suis juste par la foi en Jésus Christ ; je suis justifié, ma vie a de la valeur, je suis enfant de Dieu, parce que Dieu le veut, parce que Dieu me l’offre. La foi c’est de recevoir, c’est d’accueillir cela ! Pas de le fabriquer par moi-même. Sur ce point la femme pécheresse a une bonne longueur d’avance sur Simon !

Ce passage d’Evangile fait en outre partie de ceux qui me séduisent, qui expliquent pourquoi j’essaie d’être compagnon de Jésus. Jésus est extraordinaire dans sa capacité à rencontrer Simon tout comme la femme pécheresse. Il a les paroles et la manière d’être qui accueille l’un comme l’autre.

Dans tout son apostolat il a déconstruit des frontières, des murs ! Dans la maison de Simon il y avait beaucoup de personnes bien pensantes, de religieux qui se retrouvaient entre eux, et se tenaient à distance des pécheurs. La conception était : le péché est contagieux. Il faut se tenir à distance des pécheurs, et surtout ne pas se faire toucher par eux. D’où la réaction de Simon : « Il saurait ce qu’est cette femme qui le touche : une pécheresse ». Si je suis touché par quelqu’un d’impur, je deviens impur moi-même.

Pour Jésus on a comme l’impression qu’il ne pouvait pas assez se laisser toucher par une femme pécheresse – et sans aucune gène – comme il ne craignait pas d’être touché par une femme qui souffre de pertes de sang ou par un lépreux. C’est comme si Jésus exprimait : « Touchez-moi ! je suis plus contagieux que vous ne pouvez l’être. Le bien, la santé, la bonté sont plus contagieux que le mal, que la maladie, que le péché ». Quel renversement avec Jésus !

Je résume :

  • Quand vous avez un tel texte d’Evangile, qu’il ne reste pas un récit extérieur à vous, mais laissez-vous toucher par la scène en entrant vous-mêmes dans la scène.
  • Vous verrez combien Jésus parle à vos vies : il nous justifie, bien plus que nous ne pouvons nous justifier.

Et surtout Jésus supprime toutes ces barrières que nous élevons, parce qu’avec lui, le bien est plus contagieux que le mal.