Homélie du 11ème dimanche ordinaire par André de L'Arbre SJ

11 dimanche ordinaire b graine de moutarde seneveHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 14 juin.

Nous recevons aujourd’hui de Jésus deux courtes paraboles, deux belles images concrètes : le grain qui pousse tout seul et la graine de moutarde qui devient un grand arbre. Il s’agit de deux images du Règne de Dieu : « Il en est du Règne de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ. » Jésus veut parler de la manière dont Dieu s’y prend pour  établir son Règne. C’est donc d’abord une révélation de Dieu. Que nous disent donc, sur Dieu, ces deux paraboles ?

L’ACTION DE DIEU

Jésus insiste d’abord sur l’inactivité du paysan. Quand il a fini de semer, il ne semble plus s’occuper de son blé : « Il dort, il se lève, la nuit, le jour, la terre fait son travail d’elle-même. » L’insistance porte sur ce point précis : le grain pousse tout seul, « d’abord l’herbe, puis l’épi, et enfin du blé plein l’épi ».

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Ce n’est pas parce que Dieu semble absent qu’il ne se passe rien. C’est une illusion d’optique. Nous ne le voyons pas, mais en fait c’est lui qui fait tout. Un grain de moutarde, la plus petite de toutes les semences, contient des milliards de milliards d’atomes. Et chaque atome est formé d’un noyau autour duquel gravitent des particules de l’ordre du milliardième de millimètre, qui tournent à une vitesse de 297.000 km/sec. Nos yeux humains ne voient rien. C’est pourtant la vérité du grain de moutarde.

Ainsi en est-il du Règne de Dieu, dit Jésus. Ce qui ne se voit pas n’est pas forcément inexistant, bien au contraire. « L’essentiel est invisible pour les yeux ». Toute la Bible ne cessait de répéter : « Le Dieu véritable est un Dieu caché. » Il y a quelques années, on parlait de la « mort de Dieu », mais nous voyons que ce n’est pas nouveau. C’était déjà la déception de Jean Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

La question est donc de tous les temps : comment se fait-il qu’on ne voit pas davantage le Règne de Dieu ? Pourquoi Dieu donne-t-il l’impression de se désintéresser de ce qui se passe dans ce monde ? Les contemporains de Jésus attendaient un Messie fort qui allait chasser l’occupant romain et rétablir un vrai Royaume terrestre. Les apôtres furent déçus et se demandaient jusqu’à la fin, jusqu’au jour de l’Ascension : « Est-ce maintenant, Seigneur, que tu vas rétablir ton Règne ? » Jésus avait beau leur dire : « Ne désespérez jamais. Tout ce qui est divin dans le monde est de l’ordre de l’invisible. Faites-moi confiance. »

Les deux paraboles mettent encore en évidence la disproportion des humbles débuts et de la fin. Le Règne de Dieu, souvent insignifiant au début, deviendra un grand arbre où nicheront tous les oiseaux du ciel. Celui qui osait prédire cette réussite finale n’était alors qu’un obscur galiléen de Nazareth entouré de douze pauvres sans influence.

LA COLLABORATION DE L’HOMME

Si les deux paraboles insistent sur l’intervention de Dieu, cela ne veut pas dire qu’elles encouragent l’inaction ou la paresse de l’homme. Il faut évidemment que l’homme fasse sa part de travail. A ce propos, il y a une grande différence entre la perception de l’islam et la perception du christianisme quant à l’intervention de Dieu et celle de l’homme. Pour l’islam, la toute-puissance de Dieu et la liberté de l’homme sont juxtaposées. Pour le christianisme, elles se conjuguent l’une en l’autre. Nous connaissons la célèbre formule chrétienne : « Prie comme si tout dépendait de toi et agis comme si tout dépendait de Dieu. »

Pour nous, Dieu et l’homme agissent ensemble, mais leurs actions ne s’additionnent pas, ne se juxtaposent pas, ne se relayent pas. Elles ne sont pas du même ordre. Il n’y a pas une part de Dieu et une part de l’homme : tout est de Dieu et tout est de l’homme. Le modèle est celui d’une alliance dans laquelle la liberté de Dieu et la liberté de l’homme agissent à l’intérieur l’une de l’autre et l’une par l’autre.

Mettons donc toute notre confiance en Dieu et faisons courageusement la part de travail qui nous revient.