Homélie du 10ème dimanche ordinaire par Laurent Capart SJ

10 dimanche ordinaire c fils de la veuveHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 5 juin.

Tant dans le Livre des Rois, que dans l’Évangile de Saint Luc, il est question d’un enfant mort réanimé. Pourtant, je ne pense pas que ces deux récits soient à propos de la résurrection telle qu’elle est proclamée dans le credo parce que les deux enfants en question sont morts une deuxième fois.  Par contre, il peut arriver que des personnes biologiquement bien vivantes soient comme mortes.

Je pense par exemple à des malades hospitalisés passant leur journée repliés sur leur souffrance, regrettant les moments où ils étaient dans le feu de l’action et ne trouvant plus aucune raison  de vivre. Et pourtant, dans le même couloir, il y a des personnes, en moins bonne santé biologique, qui, depuis le début de leur maladie ont redécouvert la joie de contempler un beau lever de soleil et d’admirer le dévouement du personnel soignant à qui elles peuvent adresser leur reconnaissance. Il me semble donc que les deux textes que nous venons d’entendre peuvent aider les personnes qui sont dans la première situation à rejoindre les rangs des autres. Je remarque en outre la présence des disciples, de la foule qui suit Jésus et de la foule qui console la veuve éplorée de l’évangile. Il ne s’agit donc pas seulement de montrer Jésus qui guérit une seule personne pour consoler une autre, et quand Saint Luc raconte ce récit c’est pour élargir tant le cercle des disciples que celui des foules à tous ses lecteurs et auditeurs depuis bientôt deux mille ans.

En contemplant Jésus, remarquons que la femme ne demande rien et que Jésus ne lui demande pas de croire, mais il lui demande néanmoins quelque chose, de ne pas pleurer. C’est après que Jésus ait ordonné au mort de se redresser et que ce dernier lui ait obéi, que la crainte, c’est-à-dire le sentiment d’être en présence d’une réalité qui dépasse les expériences terre-à-terre du quotidien, s’empare de tous et qu’ils rendent gloire à Dieu. Il n’y a donc pas une seule façon de rejoindre Jésus : à côté des disciples qu’il appelle explicitement, il y a les foules qui commencent à croire en lui en le suivant, mais aussi les foules qui compatissent aux douleurs des autres et se mettent à croire en contemplant Jésus qui guérit et rend la vie.      

Le récit du Livre des Rois nous aide à accueillir la guérison et la vie. En effet, la femme demande au prophète Élie s’il est venu pour faire mourir son fils, mais semble avoir perdu de vue ce qui précède immédiatement dans le Livre des Rois le récit que nous avons entendu : quand Élie est arrivé chez elle il lui a demandé à manger et elle a répondu ne plus avoir grand-chose qu’elle comptait cuisiner, puis manger avec son fils et qu’après ils mourraient. Si elle a survécu c’est parce qu’Élie lui a dit que si elle partageait avec lui, les vivres ne manqueraient pas tant que la pluie ne reviendrait pas. C’est bien ce qui s’est produit, mais elle semble l’avoir oublié tout se repliant sur elle-même et des fautes qu’elle aurait commises. Loin de lui reprocher ce manque évident de reconnaissance, Élie, pourtant si virulent dans d’autres circonstances, compatit à son douleur et intercède pour elle.

De ces deux récits, retenons notamment que Jésus peut nous rendre la vie quand notre espérance faiblit, que nous nous faisons mal quand nous nous replions sur nous et sur nos fautes et oublions les bienfaits de Dieu et qu’il y a plusieurs façons d’être touchés par lui. Comme disciples, retenons particulièrement celle de le suivre en allant vers les personnes qui souffrent, en compatissant avec elles en leur demandant de ne pas pleurer, mais pas nécessairement de croire,   et en laissant Jésus ordonner à ceux qui sont abattus de se relever.