Homélie de Toussaint (par Thierry Dobbelstein SJ)

Toussaint 2Commentaire rédigé et lu par Thierry Dobbelstein le 1er novembre.

Nous faisons en ce jour de Toussaint une lecture commentée de l'extrait de l'Apocalypse de St-Jean

Moi, Jean, j'ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d'une voix forte, il cria aux quatre anges  qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. »

Que ce soit l’apôtre Jean ou un de ses disciples qui écrit ; peu importe ! Il écrit à la fin du premier siècle. Et les temps sont durs… très durs pour les premiers chrétiens. C’est la persécution dans l’empire romain. Dans un tel contexte, on a des idées noires : plus rien ne va ! Tout se déglingue ! Découragés, certains espèrent même que tout se déglingue définitivement, une fois pour toute. Comme lors du déluge ! Qu’on raie de la carte, et qu’on n’en parle plus ! Dans un tel contexte, Dieu n’est pas le grand dévastateur. Mais Dieu est celui qui sauve ! « Ne dévastez pas, ni terre, ni mer, ni nature… Il faut d’abord que notre Dieu marque du sceau – aujourd’hui on tatouerait – le front de ses serviteurs ».

Et j'entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d'Israël. Après cela, j'ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues.

Jean ou son disciple aime les calculs. 12 c’est 3x4. Or 3 c’est le chiffre de Dieu, et 4 le chiffre du monde ou de l’humanité. 12 représente donc l’alliance de Dieu avec l’humanité dans son Peuple ; 12 comme les douze tribus d’Israël. 144 000 c’est 12x12x1000. C’est donc la plénitude du peuple, un peuple arrivé à la plénitude… et fois mille, c’est-à-dire devenu indénombrable. Si l’Eglise, Peuple de Dieu, commence avec le Peuple d’Israël, ce peuple s’étend à une foule indénombrable de toutes nations, races, langues. La Pentecôte ne nous disait rien d’autre : ceux qui reçoivent la vie de Dieu, non seulement on n’en connaît pas le nombre, mais surtout ils viennent de partout !

Une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d'une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l'Agneau ! »

Comme enfants de Dieu, nous aimons notre prochain, nous nous engageons pour un monde solidaire et pacifique … Nous essayons de servir ! Mais nous avons aussi une mission liturgique : louer Dieu ! Pas seulement servir mais louer également. En vêtements blancs comme le jour de notre baptême et de notre profession de foi (le blanc, c’est la couleur de la victoire et de la pureté).

Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

Si nous louons et bénissons Dieu, c’est en communion avec la création tout entière. Les quatre vivants qui représentent quatre constellations, ou encore qui signifient ce qu’il y a de plus noble, de plus fort, de plus sage et de plus rapide au sein de l'univers (lion, taureau, homme, aigle) … Mais en plus des quatre vivants, il y a aussi les anges et les anciens, bref tout le créé ! Visible et invisible !

Encore un peu de patience. C’est à la fin de la lecture que nous chanterons – avec une vigueur décuplée – en communion avec tout le créé et l’Eglise entière, la gloire de Dieu et notre action de grâce.

L'un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? » Je lui répondis : « C'est toi qui le sais, mon Seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. »

Je vous le disais : blanc c’est la couleur de la victoire et de la pureté. C’est donc la couleur du vêtement des chrétiens. Mais c’est la victoire du Christ, la victoire de l’Agneau de Dieu ! Ce n’est pas notre victoire… Non pas : « On a gagné », mais : « Il a gagné pour nous ! » Et notre pureté ou la pureté des saints que nous fêtons aujourd’hui ce n’est pas « regardez comme nous sommes sans faille, sans chute, sans péché », mais plutôt « Il nous purifie, il nous sauve, il a choisi de nous sauver ».Il est temps à présent, de louer ensemble, en entonnant le gloria (...)

Et au sujet de l’Evangile

Ces béatitudes sont d’abord un portrait de Jésus lui-même. Quand Jésus les proclame il attire l’attention sur des personnes qui d’une manière ou d’une autre lui ressemble. Regardez-les, tous les saints, comme Jésus les décrit : ils sont les petits et les pauvres, les doux et les cœurs purs ; ils sont ceux qui pleurent et ceux qui font la paix, les assoiffés du pardon et de la justice.

Tous et toutes, nous pouvons être des leurs, appartenir à leur groupe au moins par une de ces catégories par lesquelles nous pouvons ressembler à Jésus. Ou par lesquelles nous pouvons laisser Jésus s’exprimer en nous.

Je termine en soulignant combien c’est enthousiasmant de souligner notre vocation à la sainteté. Lundi en vous levant, quand vous vous demanderez « Que dois-je faire ? Qu’est-ce qui est au programme aujourd’hui ? fonctionnaire des finances ; peintre en bâtiment ; conduire mon enfant à l’école ; aller rechercher mon petit-fils à l’école ? » Dites-vous : « Tout cela est secondaire, tout cela ne sont que des moyens ! Ce que je dois devenir d’abord c’est saint ou sainte ».

Je suis appelé à être beau comme un saint, beau par la grâce de Dieu, beau comme ces images dans les vitraux, qui se laissent traverser par la lumière en y apportant leur couleurs personnelles.