Homélie de Toussaint par André de L'Arbre

Toussaint 3Homélie de Toussaint, préparée par André de L'Arbre et deux paroissiennes, le 1er novembre

Deux témoignages. D'abord celui de Marie-Hélène.

Parler de la sainteté ... quel défi !

C'est ainsi que je me suis retrouvée devant ma feuille blanche ... et mes insomnies. Les Saints ne m'inspirent pas. C'est vrai, je n'ai pas l'habitude de les fréquenter ni de les prier. Ils me paraissent loin ... voire inaccessibles. Dans mon enfance, mon éducation ne m'a pas portée particulièrement vers eux ... et maintenant, avec un mari devenu protestant, cela ne m'aide pas davantage !

Et puis, je me suis mise à relire ma vie ...

Confrontée à la mort bien souvent ... et dès mon plus jeune âge, ces êtres chers ne m'ont pas vraiment quittée. Certains sont devenus des signes de Résurrection, je sens leur proximité, leur présence, leur aide aussi .... et n'est-ce pas ce que l'on appelle « La Communion des Saints» ?

« La Communion des Saints »

Quelle belle formule ! Elle me parle, elle m'habite. Mais la question maintenant : quelle place occupe la Sainteté dans ma vie ? Que représente-t-elle ?

Trois mots résonnent comme des clés :

•        La Gaieté (Christian Bobin) ... si vous préférez, la Joie, la Joie de l'Evangile, celle qu'il me faut sauvegarder chaque matin, et ce n'est pas facile.

•        La Confiance: petite veilleuse qui permet de traverser

tous les vents.

•        Le Silence : ou la contemplation, la prière ... Etre là, juste là, en découvrant inlassablement les Ecritures. Chaque soir, renouer le fil de ma journée et la déposer entre les mains de Dieu, ce Dieu si proche qui accompagne, ce Dieu de Parole et non ce Dieu de dogmes.

Et la place des autres ? L'aurais-je oubliée ? Et bien, ils sont partout, ils font partie de cette « foule immense » qui nous pousse à agir, à nous réveiller sans cesse. A chaque rencontre, c'est eux qui m'apportent cette Gaieté et
cette Confiance ... car même dans les maisons de repos, il y a des visages rayonnants.

Parler de la Sainteté était un défi, mais avancer en Sainteté est un tout autre défi ! ... à vivre en Communauté.

Un deuxième témoignage, celui de Rose

« Quand André m’a demandé d’écrire quelques lignes sur la sainteté j’ai dit oui bien sûr, ensuite je me suis rendue compte de l’ampleur de la tâche.  Ecrire ces quelques lignes a provoqué en moi un grand remous, je vous invite d’ailleurs à tenter l’expérience de votre côté : qu’est-ce que la sainteté ? 

Ne sachant pas par où commencer je me suis tournée vers ce qui m’empêchait de rédiger ce texte alors que d’habitude les mots se placent et les phrases se construisent.  Et j’ai compris (mais pas toute seule !) que parler de la sainteté c’était parler du projet d’amour de Dieu notre Père. 

Et ça c’est énorme !! 

Notre Père, celui est aux Cieux, celui dont le nom est sanctifié nous crée d’Amour et ne souhaite que notre bonheur.  Pour nous l’expliquer et pour nous montrer que cela est possible, il nous offre son Fils Jésus-Christ qui nous enseigne les chemins de la sainteté, les sentiers qui conduisent au bonheur.  Et il fait bien davantage, il vit ce chemin, il vit les béatitudes jusqu’à la mort où il est capable sur la croix de demander le pardon pour ses bourreaux.

 Il nous dit et nous montre exactement comment atteindre ce bonheur, alors pourquoi ne le vit-on pas pleinement?  Quels sont ces obstacles qui nous empêchent de vivre le projet de Dieu ?  Ces freins ne viennent pas de Dieu, ni de Jésus, ni même de ces choses qu’il nous demande de faire.  Ces freins sont essentiellement liés à notre personne humaine et particulière. En effet, nous avons tous nos fragilités, nos peurs, nos manques de confiance ou nos excès d’orgueil.  Mais ne nous cachons pas derrière nos faiblesses, Dieu notre Père nous connait, nous aime comme nous sommes et nous croit capables d’arpenter ce chemin.

 Je pense que cela vient d’un paradoxe qui nous habite, peut-être qu’on le cultive un peu aussi.  Il y a en chacun de nous un étrange mélange d’humilité et d’orgueil.  Souvent on se dit qu’on ne peut pas y arriver, qu’on n’est pas capable, que c’est trop difficile, que c’est impossible et on oublie que Dieu notre Père lui-même nous affirme le contraire.  On pense peut-être qu’Il se trompe parce que finalement on se connait quand même, on se connaît mieux que Lui, non ?  On n’accepte pas de se recevoir de lui, on pense probablement que si on obéi à Dieu notre Père on va perdre notre liberté de penser, d’agir et de vivre.  Et c’est exactement le contraire qui se produit.  On s’enferme dans des peurs, on construit des barreaux avec nos manquements et on devient esclaves d’une pensée que l’on a construite.  C’est dommage, c’est humain sans doute mais je ne pense pas que cela soit irréversible on peut toujours changer.

 Je crois très fort que si on fait confiance à Dieu, que si on met notre foi en route alors toutes ces choses qui nous paraissent impossibles se réalisent.  Pas toutes seules, mais elles se réalisent et on récolte alors un grand bonheur dans une douce sérénité de vie.  Alors petit à petit, un pas après l’autre nous construirons avec l’aide de Dieu notre Père, en suivant l’exemple de Jésus et avec le soutien de l’Esprit notre chemin personnel de la sainteté. 

 Je vous souhaite à toutes et à tous, une bonne fête de la Toussaint. 

Et la suite avec André de L’Arbre, s.j.

Après ces deux témoignages de Rose et de Marie-Hélène, je voudrais voir avec vous ce qu’on dit de la sainteté dans les textes de l’eucharistie.

Juste après la préface, on lit : « Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté, Seigneur, nous te prions… ». La prière affirme donc que toute sainteté vient de Dieu, car, comme on le chante dans la Gloria, « Toi seul es saint ». Si nous participons à la sainteté de Dieu, c’est parce que Dieu nous communique sa sainteté. D’ailleurs, le jour de notre baptême nous recevons l’Esprit Saint et dès la primitive Eglise, les chrétiens étaient appelés « les saints ».

Après la consécration, il y a une prière qui demande : « Humblement, nous te demandons, qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps. » L’Esprit Saint nous est donné, pas uniquement pour nous-mêmes, mais pour nous unir les uns aux autres, pour que nous formions une seule famille chrétienne. C’est pour cela que l’introduction au Notre Père dit : « Unis dans le même Esprit, nous pouvons dire : Notre Père. »

Nous sommes donc tous déclarés saints depuis notre baptême, mais nous devenons évidemment grandir dans cette sainteté, dans cette communion, dans cet amour réciproque. L’Esprit Saint est l’Esprit de Jésus et plus nous progressons dans l’amour plus nous devenons d’autres christs, de vrais chrétiens à son exemple.

Demandons les uns pour les autres de pouvoir progresser dans cet amour mutuel pour notre plus grande joie. Les béatitudes tracent un  portrait de Jésus. Si nous désirons être toujours plus heureux, mettons toujours davantage nos pas dans ceux de Jésus.