Homélie de Pentecôte (par Louis Piront)

Bizarre : L’Evangile du jour nous parle du soir de Pâques et non pas de la Pentecôte !

Sans doute les liturgistes ont-ils voulu mettre un lien étroit entre Pâques et Pentecôte : Pentecôte, c’est encore Pâques et plus que jamais : c’est Pâques à son sommet !

A Pâques, on nous présente  les disciples, encore tout timides, timorés, retranchés dans leur chambre haute.

A la Pentecôte, la joie devient enthousiasme, au point qu’on croit que les disciples ont bu du vin ! Mais, en fait, ils sont « habités » par Dieu, par son Esprit : c’est la maturité spirituelle : 

Tout était déjà dans le bourgeon pascal, mais le bourgeon a gonflé et maintenant, il éclate.

Dès le soir de Pâques, Jésus avait donné l’Esprit à ses disciples et les avait envoyés.

Cinquante jours pour une fête pascale dont c’est aujourd’hui le dernier jour et l’accomplissement. 

Cet accomplissement nous est raconté par les Actes des Apôtres.

Bien sûr, nous dépasserons la description matérielle pour saisir la signification profonde.

Il fallait, à l’époque, un fameux coup de vent pour renverser les routines, les barrières légalistes et le pouvoir bien établi des autorités religieuses qui étaient venues à bout de ce soi-disant prophète Jésus ; 

Il fallait un fameux coup de vent pour vaincre la peur de subir le même sort.

Ne faudrait-il pas aussi une nouvelle tempête pour réveiller notre vieille Europe à laquelle on voudrait encore coller l’étiquette de « chrétienne », avec sa multitude d’institutions chrétiennes qui ne sont  pas nécessairement portées ni animées par l’esprit évangélique de leurs membres …

Dans ce monde brassé par un nombre de plus en plus grand de cultures différentes, ne faudrait-il pas retrouver le don des langues, d’un langage qui puisse atteindre et remuer les cœurs : 

Le don d’une langue qui ne se contente pas de mots, mais qui s’inscrit tout entier dans un corps révélateur, une communauté révélatrice de l’amour et de la bienveillance de Dieu.

C’est le don d’un langage qui devient visible selon le don particulier que chacun a reçu de l’Esprit.

Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, opte clairement pour la créativité dont les effets divers  sont éclairés par le discernement de l’Esprit.

Sans l’Esprit, le Christ appartient au passé.

 Dans l’Esprit, Il est toujours présent et actualisé.

Sans l’Esprit, l’Evangile reste un livre mort.

 Dans l’Esprit, l’Evangile devient source de force et de vie.

Sans l’Esprit, l’Eglise n’est qu’une organisation comme une autre.

 Dans l’Esprit, elle peut devenir signe de « communion ».

Sans l’Esprit, l’autorité est un pouvoir semblable aux autres pouvoirs.

 Dans l’Esprit, l’autorité devient un service.

Sans l’Esprit, la mission sera une simple propagande.

 Dans l’Esprit, la mission devient une Pentecôte !

Sans l’Esprit, la liturgie ne fait que se souvenir d’un passé révolu.

 Dans l’Esprit, la liturgie rend présent ce que nous célébrons.

Les artistes ne se contentent pas de reproduire des choses qui existent déjà, mais créent des choses nouvelles et uniques en s’inspirant de tout ce qui les a précédés,  en ayant eu soin de meubler leur imaginaire de tout ce qu’on a pu exprimer avant eux.

Les chrétiens sont aussi des « artistes » appelés à incarner dans le monde d’aujourd’hui, un message qui vient de 2000 ans d’histoire.

Les chrétiens  sont les « artisans » de l’Evangile : 

Ils doivent réinventer les mots et les musiques  et les prières de la liturgie

Ils doivent réinventer la catéchèse au niveau des méthodes et de la pédagogie, en tenant compte que cette catéchèse s’adresse de plus en plus à des gens qui n’ont plus aucune culture chrétienne.

Ils doivent réinventer la prière avec des mots que tout le monde comprend.

 Il faut, pour cela, que nous recevions encore le souffle de Dieu, ce souffle que Jésus envoya sur ses disciples le soir de Pâques.

Le souffle ne peut se manifester vers l’extérieur que si on a pris la peine d’inspirer. 

Il faut que nous réalisions l’équilibre entre l’inspiration et l’expiration : c’est le propre de l’être vivant.

Les « artistes » ont besoin, eux aussi, d’ « inspiration » pour « créer » une œuvre.

Nous, les artisans de l’Evangile, nous avons besoin d’ « inspirer » l’Evangile, mais aussi d’ « inspirer » le monde dans lequel nous vivons, 

Pour que l’Esprit de Jésus puisse accomplir au fond de notre cœur, la synthèse entre le message de Jésus et notre monde.

Alors, nous pourrons « expirer » un message cohérent et un vent nouveau  pourra souffler sur notre monde.

Nous sommes tous responsables de ce vent de Dieu :

Les hommes de notre monde, particulièrement ceux sur qui pèsent les conséquences de leurs faiblesses et de leurs fautes, dépendent du souffle bienveillant que nous leur enverrons :

« Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; et tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ! ! »

Si nous sommes incapables de pardonner, si nous laissons tomber nos jugements impitoyables sur les hommes de notre temps, comment pourrions-nous prétendre vivre sous l’emprise de l’Esprit de Jésus ??

Au théâtre, il y a un souffleur pour parer aux trous de mémoire de l’acteur. Et Dieu sait combien ce rôle est déjà difficile, alors qu’il s’agit simplement de redire textuellement des dialogues.

 Depuis la Pentecôte, il y a en nous, quelqu’un qui souffle ce que nous devons dire et faire avec les moyens qui sont les nôtres ! !  Mais par rapport à un message qui reste toujours actuel.

- Il nous souffle des paroles et des gestes de bienveillance et de pardon, dans notre vie concrète.

- Il nous souffle des moyens de vaincre, aujourd’hui, la spirale de la haine et de la violence.

- Il nous souffle des comportements de « serviteurs » en nous libérant de toute tentative de domination.

Demandons au « souffleur de Dieu » de répandre ses dons dans nos vies pour que le monde puisse en profiter.