Homélie de Pentecôte par Louis Piront

Pentecote abc 3Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 15 mai.

Trois lectures en ce jour de Pentecôte … Et pourtant, c’est à partir d’un autre texte que je voudrais développer l’action de l’Esprit : rappelons-nous la rencontre entre Jésus et la Samaritaine où Jésus lui dit : « L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle ! »

L’Esprit-Saint ne serait-il pas comme une source qui doit jaillir du cœur de l’homme pour qu’elle puisse produire ses fruits dans la vie.

Mais n’y a-t-il pas un mur entre notre vie concrète et ce que Dieu a déposé au fond de notre cœur ? Comme si nous avions jeté un seau de ciment pour empêcher l’eau de jaillir … Rappelez-vous le film « Manon des sources » où le papet et son neveu vont boucher la source du vieux manoir pour empêcher l’irrigation des terres : tout cela par envie, jalousie et appât du gain ; en agissant ainsi, ils empêchaient le meilleur d’eux-mêmes de jaillir à la surface de la vie.

L’Esprit : c’est une eau vive : l’eau est à la base de toute croissance et de toute vie.

Regardons la pluie : en tombant sous une seule forme du ciel, l’eau opère en toutes choses de façon multiforme : elle descend sous forme de gouttes, pénètre la terre et resurgit, différente dans le chêne, différente dans la vigne, différente encore dans les fleurs :

L’eau s’adapte à la constitution des êtres qui la reçoivent…

L’Esprit agit de même : c’est pour cela que nous ne pouvons le voir : il se laisse voir à travers les actes de chaque être humain, sans s’identifier à aucun d’entre eux.

C’est pour cela qu’il est difficile de parler de l’Esprit, car il ne produit pas l’uniformité : au contraire : il se diversifie dans l’identité de chacun pour produire la communion dans la complémentarité.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir dans l’Eglise, une telle diversité de spiritualités, les unes davantage branchées sur l’action, d’autres davantage branchées sur la contemplation.

Mais aucune de ces spiritualités ne peut prétendre posséder le monopole de l’Esprit de Dieu !!

Depuis que Jésus est retourné vers le Père,  la parole est aux actes : actes diversifiés en chaque croyant.

Comment Jésus serait-il annoncé, sinon par ceux-là mêmes qui portent sa loi d’amour au fond de leur cœur ?

Mais comment aussi, le Dieu de l’Alliance pourrait-il être connu, si les croyants sont invisibles, timidement tassés dans une morne discrétion, et toujours en retrait par rapport à l’histoire, toujours en retard par rapport aux réalités vécues par les gens ??

La Parole de Jésus, que nous avons reçue, doit pouvoir rejaillir en actes sur toute notre vie et déborder sur la vie des autres.

L’Evangile est déjà inscrit au plus profond de nous. Mais il exige de naître en dehors de nous, sur nos lieux de vie. Il exige de produire des fruits de bonté, de bienveillance et de justice, dans ce monde qui en a tellement besoin.

L’Esprit, on ne le voit pas : on le découvre dans les effets qu’Il produit.

Il est comme l’eau qui rejaillit de la terre sous forme d’arbres, de légumes et de fleurs.

Il est comme le vent dont on ne sait ni d’où il vient, ni où il va, mais qui gonfle la voile du bateau et qui secoue les arbres et les feuilles.

Il est comme la lumière qu’on ne voit pas et qu’on ne sait pas expliquer, mais qui nous permet de voir.

Ne soyons pas étonnés par les images utilisées par les Actes des Apôtres pour parler de l’action de l’Esprit sur les Apôtres … Il s’agit là d’un procédé typiquement oriental qui souvent, déconcerte notre esprit rationnel, mais qui nous renvoie à un changement total de perspective : Le peuple hébreux avait en quelque sorte pris naissance au Sinaï et l’Eglise naissait à la Pentecôte : L’Esprit prend ainsi la relève de la Loi.

La Loi est précise, voire même, méticuleuse, tatillonne… Elle multiplie les garde-fous et limite au minimum les engagements.

L’Esprit, au contraire, est comme un vent violent qui secoue : il ouvre portes et fenêtres. Il se joue des limites et des frontières fixées par les hommes : il les dépasse, en supprimant tout ce qui empêche d’aller au-delà ;  il les « transgresse ».

La Pentecôte annonce  l’éclatement de toutes les frontières raciales, géographiques et religieuses d’Israël. Le Royaume de Dieu, c’est le monde et non plus un petit coin privilégié de Palestine.

Plus fort : le signe d’appartenance au Royaume n’a rien d’un signe extérieur marqué dans la chair (la circoncision) : çà, c’est le signe de l’esclavage ! ! L’appartenance authentique viendra du cœur, en toute liberté, parce que seule la liberté peut engendrer l’amour.

St Paul, après avoir énuméré les fruits de l’Esprit, dit : « face à tout cela, il n’y a plus de loi qui tienne ! »

Mais tout cela reste vrai aujourd’hui : l’appartenance extérieure à l’Eglise par le baptême n’a aucune valeur si le baptisé ne se laisse pas conduire par l’Esprit !!!

Etre poussé par le souffle de l’Esprit, c’est laisser pousser jusqu’aux limites les forces de vie et d’amour que nous portons en nous : c’est être poussé par le vent de folie de Dieu qui aime jusqu’au bout, jusqu’à l’accomplissement …

C’est l’Esprit qui nous initie aux habitudes de Dieu qui ne désespère jamais de l’homme et nous invite à faire pareil.

Prenons le temps, aujourd’hui, de découvrir l’action de l’Esprit au travers de tous les gestes qui donnent la vie, qui la nourrissent, qui la réveillent,  et devenons nous-même souffle pour faire avancer l’ensemble de la communauté chrétienne.