Homélie de Pâques par André de L'Arbre SJ

Veillee pascale a apparitionHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 26 mars.

Lorsque nous sommes entrés ce soir dans la basilique, toutes les lumières étaient éteintes. Nous sommes entrés avec le cierge pascal qui symbolise la Lumière du Christ ressuscité. Nous sommes ainsi passés des ténèbres à la Lumière, de la mort à la Vie, de la tristesse à la Joie.

La flamme du cierge pascal est fragile. Elle n’éblouit pas. Elle est discrète comme Dieu dans notre monde. Il ne s’impose pas, il se propose très humblement. Cette flamme a ensuite été communiquée à toutes les personnes de l’assemblée et l’église tout entière s’est éclairée d’une lumière chaude et joyeuse. La mission des chrétiens est de communiquer cette lumière au monde entier, qui en a tellement besoin.

L’évangile nous dit que le Christ est ressuscité le premier jour de la semaine. Cela veut signifier que tout nous est donné dès le départ. Le reste de la semaine nous est ouvert pour vivre de ce don, pour le réaliser au mieux dans notre vie. Dieu prend toujours l’initiative de la vie et de l’amour. Comme les parents qui donnent leur vie et leur amour à leur enfant, gratuitement, sans aucun mérite de la part de cet enfant, ainsi fait Dieu de manière tout à fait éminente et radicale.

Mais en quoi consiste ce don ? C’est essentiellement le don de notre baptême. C’est bien la nuit de Pâques que partout dans le monde des adultes reçoivent le baptême et que nous-mêmes renouvelons les promesses de notre baptême. Ce don est double. D’une part, le Christ ressuscité nous sauve du poids du péché et de la mort qui nous écrasait. Il nous libère de notre médiocrité, de nos peurs et de nos lâchetés. Et d’autre part, Dieu se donne lui-même, s’engage totalement dans l’Alliance. Il partage avec nous ce qu’il est lui-même, il nous divinise. Nous faisons dorénavant partie de la famille de Dieu, de sa maison.

Ce double don provoque en nous essentiellement deux sentiments : la joie et la paix. 

D’abord la paix. Au début de chacune de ses apparitions, Jésus ressuscité dit : « La paix soit avec vous. » Cette paix n’est pas celle que le monde nous donne. Il ne s’agit pas seulement d’une absence de guerre, de violences de toutes sortes. C’est une paix pleine et totalement positive. Les anges avaient déjà annoncé cette paix aux bergers à Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’Il aime. » C’est parce que Dieu nous aime d’un amour total, indesctructible, que nous sommes dans une paix certaine, absolument sûre. C’est la paix que peut assurer le Bon Berger qui mène ses brebis vers de verts pâturages. Saint Augustin disait : « Notre cœur est sans repos, Seigneur, tant qu’il ne repose en Toi. » Dieu seul nous assure la paix dont notre cœur a soif. Lui seul nous rassasie.

Le second sentiment est celui de la joie. Certains de nos contemporains prétendent que pour être heureux il faut s’éclater dans l’alcool, la drogue, le sexe, la consommation. Mais cette excitation demande des doses de plus en plus fortes, jusqu’à l’overdose et le désespoir. La joie de Dieu se reçoit à l’extrême opposé, dans le silence et le recueillement, dans la simplicité et la sobriété. C’est une joie intime, intérieure, comme une petite source. On ne met jamais la main dessus. On l’accueille, on la recueille, et si on persévère, petit à petit elle envahit discrètement toute notre vie.

Un autre fruit de Pâques, c’est le don de la fraternité. Ce n’est que le jour de Pâques que Jésus appelle ses disciples « mes frères ». Il dit à Marie-Madeleine : « Va dire à mes frères que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Ce n’est que ce jour-là que nous avons véritablement accès à la vie divine, pour devenir les frères et les sœurs de Jésus, fils et filles de Dieu au sens plénier du terme. 

Cette fraternité est le grand cadeau de Pâques, mais c’est aussi une tâche, une mission : annoncer cette bonne nouvelle au monde et tâcher d’en vivre un peu plus chaque jour. Prions les uns pour les autres pour que cette réalité ne reste pas de vains mots, mais qu’elle s’incarne réellement dans notre vie de tous les jours. Amen.