Homélie de Noël par Thierry Dobbelstein SJ

Noel 04Homélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 24 décembre à minuit.

Dans le conte que nous venons d’entendre, il est question de « caractères grinçants et paroles assommantes » ; j’ai presque l’impression qu’on parle de ma communauté !!! Dans la vie communautaire, c’est fou ce que c’est difficile d’accueillir l’autre, d’accueillir les autres dans leurs différences.  

Mais à bien y réfléchir, m’accueillir moi-même c’est difficile aussi : m’accepter tel que je suis. Quand je me regarde dans le miroir : « oh t’as pas une belle tête aujourd’hui », et puis « Pas seulement aujourd’hui, mais hier et avant-hier également ». D’ailleurs à vrai dire les plus difficiles à accueillir ce sont ceux qui viennent de l’Est : de Welkenraedt ! Les membres de ma communauté ne diront pas le contraire.

Cela fait quelques mois que nous sommes confrontés à l’accueil de personnes différentes, de réfugiés. Cela fait quelques mois, qu’il y a – non pas une crise des réfugiés – mais une crise de l’accueil des réfugiés. Le lien avec Noël est évident. Marie et Joseph sont sur les routes, à cause d’un homme qui se prend pour Dieu, César Auguste. De nos jours, des millions de personnes ont pris le chemin de l’exode,… la route, le bateau … avec des femmes enceintes angoissées qui se demandent : « où serai-je quand commenceront les premières contractions ? dans un camion, dans un bateau, près d’un hôpital ? » … tout ça à cause de certains qui se prennent pour Dieu ou qui croient devoir agir à sa place !

Crise de l’accueil ? Mais Noël, c’est l’histoire d’un accueil raté. Nous savons tous pourquoi Jésus est né dans une crèche et pourquoi il a été déposé dans une mangeoire ? (c’est le signe pour le reconnaître) Parce qu’il n’y a eu personne pour ouvrir sa porte. C’est embêtant : cela faisait des siècles qu’on l’attendait. « Le Messie doit venir ». « Veillez, soyez prêts ». Des siècles que des prêtres se succédaient à l’autel pour rendre un culte à Dieu, des siècles que des scribes scrutaient les Ecritures. Et puis quand il vient, il n’y a pas de porte qui s’ouvre.

Noël c’est l’histoire d’un accueil raté… alors qu’on pensait s’être si bien préparés. L’évangéliste Jean dans le prologue de son évangile ne dit pas autre chose : « Le Verbe s’est fait chair. Le monde ne l’a pas reconnu. Le Verbe est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu ».

Parfois je ne me dis : « Oui mais c’est impossible d’accueillir tout le monde ! » Et parce que je me dis que c’est impossible, je n’accueille personne. Alors qu’il m’était demandé d’ouvrir la porte à une personne, une femme enceinte. C’est fou ce que les généralisations peuvent me couper bras et jambes. Mais surtout me scléroser le cœur. Car je reviens à mon introduction : « quand je trouve les autres très gênants, c’est que j’ai aussi du mal à m’accepter et à m’aimer moi ! » M’ouvrir à l’autre, l’accueillir et essayer de l’aimer, ce sont les meilleurs remèdes pour m’aimer moi-même.

Parfois je suis plein de bonnes résolutions : la prochaine opportunité, je ne la laisserai pas passer. Et puis déception, culpabilité : « tu as raté telle opportunité ! tu avais l’opportunité d’accueillir, de partager… et c’est raté ! » Alors c’est important de me dire : « Même ce raté n’empêche pas Dieu de venir dans notre monde ». Il y vient parce qu’il le veut, il vient parce qu’il le désire ; il ne vient pas pour recevoir nos hourras et nos louanges. Il y vient pour nous montrer que nous sommes à lui… et pas un seul ne peut dire qu’il n’en vaut pas la peine, puisque les bergers en ont été dignes. La première compagnie de Jésus n’était pas faite de théologiens ou de savants bien formés à la soutane bien repassée ; elles étaient composées des compagnons d’infortune de Joseph et Marie – car quand on est jeté sur les rues, on est rarement seul – et des bergers.

Je résume : les trois points étaient un peu mélangés aujourd’hui, c’est normal il est tard ce soir !

  • Noël c’est l’histoire d’un accueil raté ; mais qui n’empêche pas Dieu de venir dans nos vies.
  • Attention aux généralisations : il ne nous est pas demandé d’accueillir le monde entier, mais une fois une personne. Si vous commencez par votre belle-mère, et qu’elle vient de Welkenraedt, c’est déjà pas trop mal.
  • La dureté que nous avons avec les autres, nous risquons de l’avoir avec nous-mêmes ; la douceur, la miséricorde, l’ouverture que nous pouvons avoir pour les autres, nous rendront doux, miséricordieux et accueillants à nous-mêmes.