Homélie de la Trinité (par Thierry Dobbelstein SJ)

Mes élèves affirment souvent qu’ils ne croient pas en Dieu. J’essaie alors de les surprendre on leur répondant que cela ne m’étonne pas, voire qu’ils ont probablement raison de ne pas croire,… de ne pas offrir leur confiance à ce dieu-là ! Le dieu auquel ils pensent devoir croire – le dieu qu’il évoque et dont ils me parlent – il vaut mieux qu’il n’existe pas !

Nous devrions tous et toutes faire l’exercice de nous poser la question : quel est le Dieu auquel je crois ? Vaut-il la peine de lui offrir ma confiance ? La foi de l’Eglise est d’abord un remède contre les fausses images de Dieu qui nous hantent.

La foi en la Trinité c’est d’abord la foi en « un » Dieu. C’est le refus du polythéisme. Le refus d’une multitude de divinités, d’idoles … qui nous rendraient esclaves, qui nous empêcheraient d’être libres. Dans un monde polythéiste, il nous faudrait craindre continuellement des interventions plus ou moins irrationnelles. Croire en « un » Dieu, c’est donc refuser d’adorer n’importe quoi ! C’est aussi reconnaître que la vie a un sens ; refuser l’insensé des caprices de forces naturelles ou des vedettes du monde « people ».

La foi en la Trinité c’est aussi la foi en « un Dieu qui est trois ». C’est à nouveau le refus d’une certaine image de Dieu : un Dieu qui serait « tout d’un bloc », distant, indifférent, autosuffisant. Dans son être même, dans sa perfection, Dieu est relation, il est circulation, il est ouverture.

Mais il ne suffit pas de connaître la formule « 1=3 » ou « 3=1 » pour éviter les mauvaises images de Dieu. Dans son Histoire, l’Eglise a dû sans cesse revenir à la Parole de Dieu pour purifier les images, les définitions ou les projections de Dieu. Je cite ce que la Parole de Dieu… dit de Dieu : « Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. » En êtes-vous convaincus ? Ce n’est certainement pas les qualificatifs que les athées donnent au dieu qu’ils rejettent. Et pourtant c’est au cœur de la Parole de Dieu, et même de l’Ancien Testament.

Pour ce qui est du Nouveau Testament, une autre citation : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

Souvenez-vous des textes de la semaine dernière. Jésus disait à ses disciples : « recevez l’Esprit Saint ». Ce dernier est présenté dans d’autres discours comme le Défenseur, l’avocat ou le Paraclet. Quand nous sommes en conflit, quand nous sommes insécurisés parce que quelqu’un nous accuse, nous prenons un bon avocat. Il nous conseillera, il parlera pour nous, il trouvera les mots qui conviennent pour nous défendre.

Et voilà que Jésus nous dit que l’Esprit Saint est cet avocat. Alors que nous avons tellement l’habitude de considérer Dieu comme un juge, comme un accusateur : celui qui fait instruction pour mener l’enquête, et par rapport auquel on devrait se justifier tant bien que mal. C’est tout le contraire : l’accusation elle vient d’ailleurs que de Dieu : du monde et de nous-mêmes. Dieu est celui qui nous défend, Dieu est celui qui nous justifie.

Que d’efforts dans l’Histoire de l’Eglise pour revenir sans cesse à cette essence de Dieu ! Que d’efforts nous devons faire dans nos vies individuelles ! Car nous aussi nous glissons si spontanément du « Dieu défenseur, miséricordieux » au « Dieu distributeur de bonnes notes et de pètes ».

C’était ce que la Tradition nous dit de Dieu, en parlant de l’Esprit Saint. Encore un mot concernant la deuxième personne de la Trinité : le Fils de Dieu.

Je cite : « Tout homme qui croit en lui, le Fils unique, ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». Il existe aussi la version négative de la même affirmation : « Celui qui ne veut pas croire est déjà jugé », version qui nous choque peut-être plus encore.  On explique en quelques phrases.

Croire en lui c’est affirmer qu’il est sauveur. En effet son message exprime combien je suis aimé, accueilli de Dieu, sans que cela dépende de mes mérites. Je ne me sauve pas ­moi-même : ma vie ne prend pas sens par ce que je réalise moi-même. Ma vie a un sens qui est offert. Tout comme les enfants : leur valeur ne dépend pas de leur résultat scolaire ! Ils sont précieux et aimés, tout simplement, naturellement par leur mère, par leur père. C’est inconditionnel. C’est ce que Jésus révèle : c’est bien pourquoi il est le Fils Unique (lui seul, lui le premier, vit de cette foi, de cette conviction qui le relie au Père, qu’il reçoit du Père) ; il est le premier-né, parce que c’est à la même chose que nous sommes appelés : fils et filles du même Père.

Il y avait trois points :

1. Le mystère de la Trinité, un remède contre les mauvaises images de Dieu, non pas un Dieu capricieux qui nous rend esclave ni un Dieu autosuffisant, refermé sur lui-même.

2. Un Dieu défenseur miséricordieux, et pas un juge d’instruction qui nous repousse dans nos retranchements.

3. Enfin un Dieu qui donne sens à ma vie gratuitement : je n’ai donc pas à fabriquer artificiellement ma valeur.