Homélie de la Fête du Saint-Sacrement par André de L'Arbre SJ

Saint sacrement c multiplication des painsHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 29 mai.

Entre la fête des mères et la fête des pères, il y a la Fête-Dieu. Cela fait vraiment du bien de fêter papa et maman. Cela nous rend heureux. La joie de papa et maman rejaillissent sur toute la famille. Il est bon aussi de fêter Dieu, gratuitement, pour sa joie et la nôtre. Fêter, lui dire merci, lui dire qu’on l’aime bien et le voir sourire de bonheur. Nous sommes fiers et heureux de Dieu.

POURQUOI CETTE FÊTE ?

Le Seigneur a demandé à sainte Julienne de Cornillon d’obtenir cette fête du Saint-Sacrement pour faire croître notre foi en son amour.

Le Jeudi Saint nous fêtons l’institution de l’eucharistie et l’accent est davantage mis sur le sacrifice et la mort de Jésus. La fête du Saint-Sacrement met davantage l’accent sur le Christ ressuscité qui se donne aujourd’hui à nous, à chacun de nous.

Si Jésus se donne sous forme de pain et de vin, c’est parce qu’il est le seul à pouvoir nous rassasier, à pouvoir nous combler, à nous donner la vie en plénitude. Notre cœur est créé pour un amour infini et cela Dieu seul peut nous le donner.

La Bible a depuis toujours mis un parallèle entre l’Alliance de Dieu avec l’humanité et l’alliance des époux. Depuis le début, Dieu nous dit : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » Et Dieu créa l’homme à son image. Homme et femme il le créa. Dieu les bénit et leur dit : « Développez-vous, multipliez-vous, remplissez la terre. »

Beaucoup plus tard, saint Paul dira : « Voilà comment l’homme laissera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux seront une seule chair. Je dis que c’est un grand mystère, car je l’applique au Christ et à l’Eglise. » Le Jeudi Saint, Jésus nous donne sa vie en disant : « Voici mon corps livré pour vous », mais ce n’est que le lendemain que cette parole s’accomplit. De même, le jour du mariage, les époux disent leur oui mutuel, mais ce n’est que plus tard que cet engagement sera consommé dans la chair.

Dans le mariage, les époux s’aiment sincèrement, mais ils restent toujours sur leur faim car leur amour est nécessairement limité. Le mariage parfait, c’est celui de Dieu avec son peuple, c’est celui que nous célébrons dans chaque eucharistie. Je vous lis un texte qui explicite cela magnifiquement.

« Dieu ne s'incarne que pour épouser l'Humanité. Sa pauvre fiancée, il vient la chercher où elle est, où elle ne peut pas ne pas être : dans sa condition de créature, pour la "faire passer" à la condition divine. C'est « la Pâque ». Ensemble, ils vont « passer de ce monde à son Père », l'Epoux emmenant l'Epouse, enlevant l'Epouse : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m'as donnés soient aussi avec moi, et qu'ils contemplent la
gloire que tu m'as donnée, toi qui m'as aimé avant la fondation du monde » (Jn 17,24).

N'allons pas entendre cette alliance, ce mariage, en un sens faible ou métaphorique ! Non, non. L'Ancien testament, à travers lequel, entre Dieu et l'Homme, on se cherche, on se rencontre, on lie connaissance, on se fréquente, on se fiance, on est « époux » au sens de « promis », l'Ancien Testament, donc, est de l'ordre des préparations : il ne va pas nous laisser à mi-chemin de cette histoire d’amour ; il est l'aurore de l'Incarnation de Dieu et, par Jésus, ce seront les noces éternelles.

- Il s'agit donc d'un vrai mariage ?

- Il s'agit du seul vrai mariage ! Les autres - nos mariages terrestres les plus beaux - n'en sont qu'une pâle et lointaine image. Dieu s'incarne pour épouser l'Humanité au sens le plus fort du terme, c'est-à-dire pour ne faire éternellement avec elle qu’un seul corps, qu’une seule chair : « Ils seront deux en une seule chair », « Je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous » (Jn 14,20).

Non par une étreinte passagère et, somme toute, de surface, où chacun reste extérieur à l'autre. Mais par la fusion. Le voeu de l'amour, c'est la fusion : ne plus subsister que pour se donner, pour "passer" tout entier à l'autre, pour se laisser consommer par l'autre, en devenant en quelque sorte sa nourriture, la pensée de son esprit, le coeur de son cœur, la chair de sa chair, et réciproquement, accueillir l'autre tout entier, pour que rien de lui ne me reste extérieur, pour qu'il ne fasse plus qu'un avec moi. Fusion, sans confusion.

Le geste de l'amour, le baiser, est plus que symbolique du manger et du boire : c'est déjà un peu « croquer ». Le manger et le boire sont les symboles les plus forts de l’intimité, et l’intimité de ceux qu’on aime n’est-elle pas la première nourriture ? N’est-elle pas la vie même ?

Aussi, le fameux texte biblique et le grand mystère qu'il exprime – « Tous deux ne seront qu'une seule chair » - ce fameux texte ne concerne pas d'abord les mariages des filles et des fils d'Adam. « Je déclare qu'il concerne le Christ et l’Eglise », proclame Saint Paul (Eph 5.31-32). » (Th. Rey-Mermet)