Homélie de la Fête-Dieu par Laurent Capart SJ

Saint sacrement bHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 7 juin

Les textes que nous avons entendus nous invitent à nous situer sur notre chemin avec Dieu.

Au point de départ, certaines personnes s’interrogent à propos de Dieu quand il y a du tonnerre et de la foudre parce qu’alors elles mesurent la fragilité de leur vie. Le sentiment d’effroi qui naît alors accompagne cependant la fascination qu’exerce Dieu même quand il est craint. En effet, s’intéresser à la mort conduit aussi à vouloir explorer d’où vient la vie et quel est son sens.

Quand la peur est plus grande que la fascination, Dieu est considéré comme en face des hommes. Il faut alors essayer de l’apaiser. Cette vision est encore fort présente aujourd’hui quand certains refusent Dieu parce que c’est en son nom que certains sont des terroristes. Et certains sèment la peur parce qu’ils ont eux-mêmes peur d’être punis par Dieu s’ils ne le font pas connaître coûte que coûte. Il est sain et heureux de refuser Dieu quand on le perçoit ainsi.

Dans le livre de l’Exode, Dieu nous est présenté bien différemment. Moïse a été attiré par un buisson ardent qui ne lui a pas fait peur, puis a commencé un cheminement qui l’a un jour mené sur la montagne. Or pour faire une telle ascension il faut plus que le temps d’un orage et donc une partie du chemin se fait dans la paix. Et quand Moïse descend de la montagne, il transmet au peuple des paroles à écouter quand il n’y a pas d’orage et des commandements qui donnent le mode d’emploi de la vie. Il y a surtout aussi une invitation à entrer dans une alliance : Dieu n’est plus vu comme un adversaire à craindre ou à apaiser mais comme un allié dont la présence va être signifiée par un autel et des stèles. Ces constructions demandent temps et énergie. Persévérer dans ce travail exprime concrètement que l’on consent à préparer la rencontre avec Dieu. L’autel est en effet bâti au service de cette rencontre. En effet, le sang provenant des taureaux est répandu à la fois sur l’autel représentant Dieu et sur le peuple pour exprimer l’alliance entre Dieu et le peuple.

Dans le récit d’évangile, il est aussi question de préparatifs, mais les rôles sont inversés. Ce ne sont plus les hommes qui présentent des offrandes, mais c’est Jésus qui s’offre aux hommes en deux temps. Il livre d’abord son corps « pour vous », exprime la formule liturgique qui se réfère à un autre évangile  que celui de Marc que nous venons d’entendre. Ensuite, il donne son sang « versé pour la multitude. » Dans ce mouvement en deux temps, Jésus raffermit le groupe qui est là avec lui en lui livrant son corps, puis, en donnant son sang, s’offre pour la multitude, un terme qui regroupe tous les êtres humains de toutes les époques.

Le don que Jésus fait de lui-même est donc très large et très intense. Cette intensité est bien exprimée par une prière que le prêtre dit à voix basse lors de l’offertoire au moment où il verse de l’eau dans le vin : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. » Avant le mélange, le vin et l’eau sont très faciles à identifier, mais il n’est plus possible de le faire après. L’Église exprime ainsi que Jésus a pris notre humanité pour que nous puissions être unis à Lui au point de ne plus distinguer en nous ce qui est de nous et ce qui vient de Lui. [Si vous voulez en savoir plus à ce propos : http://religions.blogs.ouest-france.fr/archive/2013/03/15/comme-cette-eau-se-mele-au-vin.html ]

Le psaume que nous avons prié entre les deux lectures nous donne des mots pour exprimer notre reconnaissance à Jésus pour le don qu’il nous fait de lui-même à chaque eucharistie : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? (…) Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce ».