Homélie de la Fête Dieu (par André de L'Arbre SJ)

Chers Frères et Sœurs,

Parcourons rapidement les trois lectures d’aujourd’hui. Commençons par la première lecture, celle duDeutéronome.

Au 7e siècle, époque où paraît le livre du Deutéronome, le peuple d’Israël connaît la prospérité et l’abondance. De qui tient-il tous ces biens économiques ? De sa force, de son travail, de son génie. Alors pourquoi continuer à honorer Dieu, maintenant que le peuple est tiré d’affaire ? L’auteur répond que le temps de la pauvreté, la marche au désert, cinq siècles plus tôt, était un temps d’épreuve, où il s’agissait de prouver sa foi, sa confiance en Dieu. Dans son dénuement extrême, Israël a expérimenté que tous les biens nécessaires à la vie : la nourriture, l’eau, la libération de l’esclavage, la protection contre les dangers du désert, viennent de la Parole créatrice de Dieu.

Cela reste vrai aujourd’hui, dans l’abondance. Dans notre société d’abondance, dans notre société de consommation, allons-nous reconnaître que nous tenons notre vie de Dieu et pas seulement du pain que nous mangeons maintenant à satiété ? Il s’agit ni d’ignorer Dieu, ni d’attendre tout de lui. Il s’agit de reconnaître Dieu et de collaborer avec lui. C’est ce que nous disons à l’offertoire dans chaque eucharistie : « Tu es béni Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain et ce vin, fruit de la terre et du travail de l’homme. Nous te les présentons, ils deviendront pour nous le pain de la vie et le vin du Royaume éternel. »

Passons maintenant à l’évangile.

Dire de quelqu’un « c’est un être de chair et de sang », c’est affirmer qu’il est homme, avec toutes les faiblesses et les limites humaines. En disant que sa chair et son sang sont une nourriture qui donne la vie, le Christ se désigne dans son humanité : c’est le Fils de Dieu devenu homme par son Incarnation qui apporte la vie au monde. Jésus demande donc à ses auditeurs de faire un acte de foi ; il faut se nourrir de son enseignement et boire ses paroles parce qu’elles sont celles du Fils qui apporte la vie du Père. C’est là tout ce que ses auditeurs juifs pouvaient comprendre.

 

Après coup, Jean, témoin de l’institution de l’Eucharistie, a compris que Jésus n’entendait pas seulement donner sa parole en nourriture aux croyants, mais réellement sa chair et son sang. Ce discours du Christ annonçait donc l’Eucharistie. Mais s’il faut la foi pour que les paroles de Jésus deviennent notre vie, combien plus pour que sa chair et son sang nous enracinent dans la vie divine !

C’est ce que proclame saint Paul dans la deuxième lecture.

Par l’intermédiaire du pain et du vin eucharistique nous communions au corps et au sang du Christ, c’est-à-dire au sacrifice de la croix où Jésus livre son corps et verse son sang par amour pour nous. Nous faisons nôtre l’amour du Christ qui, en nous réunissant à son corps ressuscité, fait de nous tous un seul corps ecclésial. L’unique pain eucharistique est ainsi le signe efficace de notre union au Christ et de notre communion fraternelle.

Chacune de nos communions est-elle un engagement à vivre de cet amour du Christ pour les autres ? Nous ne pouvons pas être unis au Christ sans épouser l’amour pour son Père et pour tous les hommes nos frères.

Je résume,

Dieu nous donne tout par sa création, mais encore devons-nous collaborer avec Lui pour mettre cette création en valeur.

Dieu ne se contente pas de tout nous donner, Il se donne essentiellement lui-même. Chaque eucharistie nous le rappelle.

S’Il se donne lui-même, Il nous invite à nous donner nous-mêmes à notre tour à Dieu et les uns aux autres.

Prions les uns pour les autres pour qu’il en soit toujours davantage ainsi. Amen.