Homélie de la Fête de la Sainte Famille (par Louis Piront)

Presentation au temple 2Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 28 décembre.

Lorsqu’un enfant naît dans une famille, tout le monde veut le porter, à tel point que parfois, la maman elle-même a du mal à pouvoir tenir son enfant dans ses bras !

Tous, nous avons été portés dans les bras, plus ou moins longtemps, même si nous ne nous en rappelons pas. Etre porté par quelqu’un, c’est quelque chose d’important. L’enfant apprend son équilibre. Il a d’abord été porté pendant neuf mois : il a tout vécu avec sa maman ; il s’est petit à petit habitué, de l’intérieur, à ce qui se passe à l’extérieur. Il est bien connu aussi qu’un enfant qui a été porté, après sa naissance, sur le dos de sa maman, apprend à vivre en hauteur et a un meilleur équilibre physique : il n’est pas sujet au vertige. Et ce n’est pas par hasard qu’en Amérique, on recrute, parmi ces enfants devenus adultes, des ouvriers pour travailler sur les lignes à haute tension, parce que ces ouvriers doivent grimper jusqu’à 300 mètres de hauteur : il est temps de ne pas avoir le vertige !!

Etre porté par un adulte habitue l’enfant à vivre à la hauteur de l’adulte.

Porter quelqu’un, ou être porté par lui, est un acte d’intimité entre deux êtres : une proximité physique, une proximité de tendresse.

Par contre, nous ne sommes pas prêts à nous laisser porter par n’importe qui, car se laisser porter, c’est perdre un peu son autonomie, son indépendance. Déjà l’enfant manifeste tour à tour le désir ou le refus d’être porté.

Se laisser porter, c’est reconnaître avoir besoin des autres, c’est avouer ne plus pouvoir tirer son plan tout seul, que ce soit au début ou à la fin de notre vie. Se laisser porter, physiquement ou moralement, nécessite un acte de confiance et d’humilité.

En fait, nous nous portons les uns les autres, bien plus souvent que nous ne le croyons : cela se passe dans toute rencontre vraie entre deux êtres. Cela est vrai tout particulièrement entre deux frères ou deux sœurs, ou frère et sœur : ils se chamaillent souvent, mais lorsque l’un des deux part quelques jours, l’autre est un peu perdu …

C’est vrai aussi dans une relation amicale : on dira facilement à un ami : « tu es de ma famille » comme le chante Jean-Jacques Goldman. Il faut bien reconnaître que pour certains, les amis jouent un rôle compensatoire lorsque la famille ne sait plus jouer son rôle, pour une raison ou pour une autre. Et aujourd’hui, la notion de « famille » est en train de s’élargir culturellement : familles monoparentales, familles recomposées. Loin de nous laisser aller à porter un jugement sur ces situations, regardons plutôt vers ce qui fait une vraie relation privilégiée : une relation qui aboutit au partage de ce que nous sommes, avec nos fragilités et nos vulnérabilités. C’est la simplicité d’une parole échangée dans la confiance, c’est la tendresse d’un regard, d’un sourire, d’un geste de douceur. C’est comme cela que nous pouvons nous porter mutuellement dans la confiance que nous nous donnons. C’est que nous avons tous besoin de porter et d’être portés, à tel point que lorsque quelqu’un n’a plus personne à porter, ni personne qui le porte, cela devient souvent insupportable et cette situation conduit malheureusement souvent à la consommation d’alcool, de drogue ou de médicaments.

Dieu, en s’incarnant, a voulu se laisser porter par Marie, Joseph, Syméon et Anne.   Marie et Joseph ont « porté » Jésus au temple, pour l’offrir à Dieu et lui indiquer le chemin du Père.

« Porter à » : pour dire, avec toute la foi de leur cœur, que cet enfant ne leur appartient pas : qu’il est un don de Dieu. On ne possède pas un enfant : on apprend à se déposséder de lui… afin qu’il puisse porter son propre fruit.

Acceptons aujourd’hui de nous présenter devant le Seigneur avec la simplicité  de celui qui sait qu’il a tout reçu ! Avec la foi de celui qui sait que le Seigneur ne l’abandonne pas, mais qu’Il l’accompagne et même le porte aux moments les plus difficiles.

Abraham, dans la première lecture, est parti sans savoir où il allait : croire, cela permet à l’impossible de se réaliser. Etre capable d’attendre, de « porter » en soi l’ « inattendu » et le « surprenant ».

L’inespéré fait partie de l’Espérance, mais il dépasse mes désirs trop terre à terre … La réalité du monde de Dieu prend des chemins que notre sagesse ne connaît pas … Nous ne pouvons y accéder que si nous croyons vraiment au projet de Dieu et que nous nous laissons porter par Lui, tout en faisant fructifier les cadeaux dont il nous a comblé.

Mais s’il nous accompagne, s’il nous porte, nous devons aussi Le porter dans nos membres, dans notre corps, comme nous le prenons dans nos mains au moment de la communion. « Porter » l’Evangile au monde, c’est d’abord le porter dans notre propre vie en restant dans la proximité avec le monde dans lequel nous vivons. Que nous portions la mentalité de l’Evangile dans les paroles et les gestes de notre vie : alors, par effet de boule de neige, l’incarnation du Christ sera multipliée par chacun de nous.