Homélie de la Croix Glorieuse (par Laurent Capart SJ)

Croix glorieuse evangileHomélie prononcée le 27 septembre 2014, par Laurent Capart SJ

Nous fêtons aujourd’hui la fête de la glorieuse... chaise électrique. Cette dénomination vous surprend probablement, mais la chaise électrique, quand le courant l’alimente, n’a qu’une seule fonction : donner la mort à des personnes qui le méritent ou à des personnes qui comme Jésus sont injustement condamnées. Un marteau peut également servir à tuer, mais il peut servir à autre chose également. Du temps de Jésus, la croix ne servait qu’à donner la mort. À l’époque, il n’y avait pas de croix serties de diamants dans les musées et chez les bijoutiers.

Nous célébrons aujourd’hui le fait qu’un objet destiné seulement à donner la mort soit devenu le symbole de l’amour de Dieu. Pour comprendre cette transformation, nous pouvons, à partir de ce que Saint Paul écrit dans la lettre aux Philippiens, contempler Jésus en croix et méditer à partir de cette contemplation : « devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout. » Le rôle de Dieu est donc de relever Jésus et non de lui commander de souffrir ou de mourir. C’est cependant au projet d’amour de Dieu pour l’humanité que Jésus obéit jusqu’au bout. Ce projet, il l’avait déjà proclamé et vécu, et quand il rencontre l’échec et est condamné, il choisit de continuer à le vivre en demandant le pardon pour ses ennemis et en révélant au bon larron qu’il sera avec lui au paradis. Quand la mort semble avoir le dernier mot, Jésus continue à semer la vie.

La mort de Saint Maximilien Kolbe dans un camp de concentration illustre, dans des circonstances très dramatiques, comment les disciples de Jésus peuvent le suivre. Avec quelques autres, il avait été enfermé dans un bunker où ils étaient condamnés à mourir de faim. Alors qu’en pareilles circonstances les condamnés criaient leur désespoir et des insultes, de ce bunker ce sont des hymnes et des cantiques qui témoignaient que, comme le Christ, les hommes peuvent briser le cercle de la violence. Nous fêtons aujourd’hui ce « bunker glorieux » également. Comme la croix, il est glorieux car il manifeste la puissance de l’amour.

Nous ne sommes généralement pas dans des situations aussi extrêmes que le Christ ou que Saint Maximilien Kolbe et ses codétenus. Et pourtant, nous pouvons à notre tour aimer dans des circonstances où l’amour semble complètement absent. L’Évangile nous invite par exemple à nous inspirer du texte que nous avons entendu comme première lecture. Il y est dit que le peuple en train d’être libéré par Dieu récriminait et que Dieu envoya des serpents qui les mordaient. D’expérience, nous savons maintenant que les récriminations sont comme des morsures qui mènent finalement à la mort. En envoyant des serpents, Dieu anticipe les conséquences de leurs actes et accélère leur repentir. Quand Moïse intercède, Dieu lui dit de dresser un serpent sur un mas, mais ce serpent est de bronze et ne peut donc pas mordre. En le regardant, ceux qui ont été mordus sont guéris parce qu’ils savent que Dieu peut paralyser les serpents. Quand nous sommes dans un contexte de récriminations contre Dieu, contemplons Jésus en croix aimant les hommes sans récriminer. Puisons là la force de l’imiter et rendons-lui grâce : la croix qui ne servait qu’à tuer est maintenant un symbole de l’amour de Dieu.