Homélie de la fête des Saints Pierre et Paul (par Laurent Capart SJ)

Bien que nous soyons dimanche, nous célébrons aujourd’hui la fête de Saint Pierre et Saint Paul qui est une des rares « solennités » à avoir liturgiquement la priorité sur les dimanches dits ordinaires. Il est permis de penser qu’il en est ainsi parce que cette fête de ceux qu’on a appelés les colonnes de l’Église peut se révéler instructive pour « faire ensemble Église » aujourd’hui.  Une autre particularité renforce cette façon de voir : les prières et lectures de cette solennité sont différentes la veille au soir et le jour-même. C’est en me servant de l’ensemble de ces lectures que je vais souligner trois points communs  à Saint Pierre, Saint Paul et tout disciple désirant vivre leur idéal, ainsi qu’une différence entre eux.

Le premier point commun est l’attachement personnel au Seigneur malgré de profonds remous ayant existé dans la relation avec lui. Pour Pierre c’est particulièrement clair dans l’évangile de la veille au soir quand Jésus lui demande trois fois s’il l’aime après qu’il ait trahi trois fois. C’est après ce dialogue que Jésus lui confie sa mission de pécheur pardonnant car pardonné. Cette proximité du Seigneur, Saint Paul l’exprime notamment dans ces mots de l’épître aux Galates lus la veille au soir : « Frères, il faut que vous le sachiez, l'Évangile que je proclame n'est pas une invention humaine.  Ce n'est pas non plus un homme qui me l'a transmis ou enseigné : mon Évangile vient d'une révélation de Jésus Christ. »

Le second point commun est que le Seigneur confie une mission. Cette mission, Pierre, pécheur pardonné et invité à devenir pardonnant, la reçoit ainsi formulée dans l’évangile de la messe du jour : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Lier et délier, voilà qui peut sembler contradictoire, mais ce n’est pas le cas. Lier car il s’agit de tisser des relations entre des personnes et des communautés et avec Dieu ; délier car il faut délier des liens qui emprisonnent et paralysent. Un bel exemple nous est fourni par la première lecture de la messe de la veille quand un homme demande l’aumône à Pierre et Jean qui allaient pénétrer dans le temple. Pierre ne répond pas qu’il a de l’argent qu’il ne veut pas lui donner, mais : « Je n'ai pas d'or ni d'argent ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » Il s’agit donc bien de remettre l’homme debout, en marche vers et avec les autres. Tel est bien également l’évangile que proclame Paul.

Le troisième point commun entre Saint Pierre, Saint Paul et nous et que le Seigneur veille sur nous au quotidien. Dans le récit des Actes des Apôtres lu à ma messe du jour, nous voyons à la fois Pierre arrêté et emprisonné, la communauté prier pour lui et l’intervention libératrice de l’Ange du Seigneur qui délivre Pierre en l’invitant à collaborer à sa libération : « Tout à coup surgit l'ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L'ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains. Alors l'ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l'ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. » Quant à Paul, dans la deuxième lettre à Timothée, il écrit : « Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J'ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »

Après avoir considéré trois points communs entre Saint Pierre, Saint Paul et nous, notons une différence. Il s’agit des personnes vers lesquelles nous sommes envoyés. Dans les deux deuxièmes lectures, Paul précise qu’il est envoyé vers les païens, et ailleurs il dit explicitement que Pierre est envoyé vers les circoncis, c’est-à-dire les Juifs. Cette différence a engendré des tensions entre eux, par exemple quand Pierre, par peur de son public juif, voulait imposer la circoncision aux convertis et que Paul s’y opposait parce qu’une telle pratique était devenue inutile puisque c’est Jésus qui sauve. Les Actes des Apôtres qui rapportent ces événements nous indiquent que c’est finalement Pierre qui a reconnu que Paul avait raison. Ces tensions sont normales parce que le service d’une communauté n’est pas à sens unique. L’apôtre donne, mais il reçoit aussi et si les publics sont différents, les dons le sont aussi. Il ne faudrait pas s’étonner par exemple qu’il y ait des différences, par exemple en termes de liturgie, entre un apôtre au pôle nord et un autre dans le désert du Sahara. 

Nous voici donc, chacune et chacun, invités à nous demander vers qui nous sommes envoyés, et à ne pas avoir peur de nos tensions si, comme nous en ont montré Saint Pierre et Saint Paul l’exemple, nous nous appuyons sur ce qui nous unit : la relation personnelle avec le Christ qui révèle le Père et pardonne, la mission de proclamer la même Bonne Nouvelle qui relève et met en marche, et la certitude que Dieu prend soin de nous et nous invite à prier pour ceux qui, malheureusement aujourd’hui encore, sont persécutés à cause de leur foi.