Homélie du 14ème dimanche du temps ordinaire (par Thierry Dobbelstein SJ)

« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » Que ce soit clair : ce n’est pas un appel à l’anti intellectualisme. C’est parfois un risque dans certains milieux religieux : la foi rendrait l’intelligence inopérante, la foi mettrait la raison hors jeu. Vous devinez combien une telle représentation est dangereuse, … surtout que certains continuent à réfléchir pour manipuler les plus naïfs, ceux qui arrêtent de réfléchir. En plus d’être dangereux le rejet de la réflexion dans notre foi ne respecte pas le Créateur qui nous a offert un cerveau, une intelligence, des neurones. C’est pour nous en servir, c’est pour rendre gloire à Dieu, au travers de notre intelligence.

D’un autre côté cette exultation de Jésus est très rassurante : vous devinez ce qu’il en serait si le Royaume de Dieu était réservé aux savants, aux plus intelligents, à ceux qui ont plusieurs diplômes universitaires…

« Tu l’as révélé aux tout-petits ! » N’est-ce pas notre expérience de nous sentir parfois dépassés par les plus humbles ? Nous nous cassons parfois la tête en nous perdant dans de longs raisonnements pseudo-théologiques, et voilà qu’une personne toute simple nous cloue sur place par une vision simple, juste, limpide ! Le mauvais esprit peut souvent nous jouer de très mauvais tours en nous entraînant dans des sophismes, dans des tours et détours qui nous font nous écraser sur un mur (semblable au gardien de but de l’équipe des USA), et puis subitement des personnes toutes simples – une grand-mère, un vendeur de journaux, une personne handicapée, un enfant – nous coupent le souffle !

Une petite histoire pour illustrer, puisque c’est l’été :

Comme ils se préparent à dîner dans un restaurant, un petit garçon de six ans demande à sa maman s'il peut faire la prière d’action de grâces.
Comme ils penchent leurs têtes, le gamin dit: "Dieu est bon. Dieu est grand. Merci pour la nourriture, ... et je te remercierais encore plus si maman commandait de la crème glacée pour le dessert. Amen."
À travers les rires des autres clients, le gamin perçoit la remarque d'une dame :
"C'est tout de même malheureux : de nos jours, dans notre pays, les enfants ne savent même plus comment prier. Demander à Dieu de la crème glacée ! Non mais dites donc !"
Le gamin fond en larmes, et demande à sa mère :
"Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Est-ce que Dieu est fâché contre moi ?"
Pendant que la maman le prend contre elle et le rassure, elle lui dit qu'il a fait une prière fantastique et que Dieu n'est certainement pas choqué par lui.

Un monsieur plus âgé s'approche alors de leur table, fait un clin d'œil au petit garçon et lui dit :
- Je crois savoir que Dieu pense que ce fut une très belle prière.
- Vraiment ? demande le garçon.
- Croix sur mon cœur, reprend le monsieur.
Et dans un murmure il ajoute (indiquant la dame qui était intervenue) :
- C'est malheureux qu'elle n'ait jamais demandé à Dieu de la crème glacée. Car un peu de crème glacée est bon pour l'âme quelquefois.
Naturellement, à la fin du repas, la maman commanda de la crème glacée pour son petit garçon – la prière était exaucée. Mais ce qui arriva ensuite fut une complète surprise.
"Mon fils réfléchit un moment et il fit quelque chose dont je me souviendrai le reste de ma vie" explique la maman."Il prit son petit pot de glace, sans un mot, il marcha vers la dame et le plaça devant elle. Avec un grand sourire, il lui dit :
- Ceci est pour vous. La crème glacée est bonne pour l'âme quelquefois, et mon âme à moi est déjà bonne.

 

Un mot sur le joug. « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ».

Prendre le joug devrait être source de joie, au moins de soulagement ?! … alors que les connotations sont celles de l’esclavage et de la soumission.

Pour comprendre il est bon de regarder la forme de la plupart des jougs : ils sont doubles. J’ai même lu qu’il existe des jougs pour deux animaux tout à fait différents : un âne et un bœuf peuvent être reliés par un même joug, quand le propriétaire est trop pauvre pour posséder deux exemplaires d’un même animal. Quand Jésus dit : « Prenez sur vous mon joug », ce n’est donc pas pour dire « prend cela à ma place », mais plutôt « accepte que je vienne porter avec toi, ton fardeau ». On pourrait traduire (en cette période de Tour de France) : « Si la côte de l’Alpe d’Huez est trop escarpée pour toi et que tu risques de mettre pied à terre, monte avec moi sur mon tandem ».

De plus le joug est un progrès par rapport au collier. Il évite d’étouffer l’animal au cours de son effort ; l’animal qui l’utilise voit sa musculature se développer et il peut davantage d’efforts. L’Evangile ne rajoute pas de poids à notre fardeau, il permet de mieux le supporter, notamment parce que nous ne sommes pas seuls à le porter.

 

En résumé, il y avait deux points :

-         Quand le mauvais esprit nous fait nous perdre dans des sophismes qui nous rendent grincheux, sachons demander, offrir et nous faire offrir une crème glacée, ça peut être bon pour notre âme !

-          L’Evangile ne rajoute pas du pois à notre fardeau, il nous permet de mieux le supporter, parce que Jésus propose de le porter avec nous.