Homélie du 6ème dimanche ordinaire au CEA à St Servais

Jésus nous dit qu’il n’est pas venu abolir la loi, mais l’accomplir. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous aujourd'hui ? Le chemin qu’Il nous propose est exigent. Non, ce n’est pas simple « d’être chrétien » aujourd'hui chez nous (ni ailleurs), c’est un choix que nous avons fait et que nous devons régulièrement renouveler. La Loi que Dieu propose donne une direction, un minimum sans lequel la vie en société est impossible ; Jésus est le chemin, il conduit plus loin que la Loi. Jésus conduit sur le chemin de l’amour qui va plus loin que la Loi juive. Jésus va donc au-delà de la Loi. Il indique le chemin le plus rapide, le plus droit avec ses passages ardus, étroits et parfois larges et généreux. En effet, Dieu est exigent, Il a un plan d’amour pour nous. Il ne faudrait pas passer à côté et nous contenter de peu. Nous devons faire de notre mieux, nous surpasser, avec l’aide de Dieu. Nous devons viser l’excellence sans penser à nous comparer aux autres : restons humbles, gardons la vraie mesure de nous-mêmes et tournons notre regard vers celui qui est notre idéal : Jésus-Christ. L’exigence de Dieu nous permet de nous accomplir personnellement et donne un sens à notre vie. Dieu nous invite à la perfection, celle de l’Amour.

Toutefois, nous pouvons nous rendre compte que ces exigences de Dieu nous permettent de vivre en société, elles nous révèlent un chemin de vie. S’il n’y avait pas de lois, pas de règles, nous ne pourrions pas vivre en groupe. Ce sont un peu comme les commandements que Dieu avaient proposés à Moïse ; ceux-là étaient écrits sur des tables de pierre, Jésus vient écrire la loi au fond de nos cœurs.

Dieu nous a offert la liberté. Mais celle-ci est exigeante, nous devons nous battre pour rester libres. Si nous voulons user de notre liberté, nous aurons à poser des choix durant notre vie. Comme celui de la foi qui est un appel répété à la conversion.

Se convertir suppose de choisir, se tromper et faire de la peine, pardonner et demander pardon, se relever et aller de l’avant. En effet, nous savons que nous ne serons pas parfaits, mais nous pouvons viser haut. Nous devons nous accomplir et trouver notre voie. Jésus n’a-t-il pas dit à ses apôtres avant de les quitter « Je suis le chemin, la Vérité et la Vie ». En demandant à Dieu de nous éclairer, nous devrions pouvoir trouver notre route. Nous pouvons lui demander ce qu’il a comme plan d’amour pour nous, quelles sont ses exigences à notre propos. Quelle est la voie à suivre ? Si nous restons statiques, nous risquons de perdre notre énergie, de trop hésiter dans le choix du chemin à emprunter et de ne plus entendre la voix de Dieu. Comptons sur la Providence.

Jésus n’est ni un révolutionnaire qui veut tout changer sans référence au passé, ni un conservateur qui ne veut rien changer : il veut que nous donnions un sens, un esprit d’amour dans tout ce que nous faisons.

 Jésus nous demande d’aller au bout de notre amour. En effet, nous ne pouvons pas ne donner qu’une partie de nous-même et donner notre cœur à Jésus seulement le dimanche matin. Nous ne pouvons pas être heureux à moitié. Il souhaite que nous donnions TOUT notre cœur. Nous ne pourrions pas être chrétien à moitié. Si nous nous laissons aimer par Dieu, alors nous pourrons être pleinement heureux. Osons nous abandonner à la Providence divine. Si nous acceptons l’Esprit de Dieu, nous serons à son écoute et nous pourrons alors aller dans la direction qu’Il nous propose.

Dieu nous demande d’aimer en reliant le fond de notre cœur au concret de notre vie :

La violence, mais aussi la colère intérieure, nous empêchent de prendre le chemin de l’amour.

L’infidélité n’est pas qu’une affaire physique : c’est dans nos cœurs que l’infidélité prend sa source.

Dans nos engagements,  il ne faudrait pas dire « oui », puis se rétracter ou dire « oui, mais ».

Dieu attend de nous un engagement qui vient du fond de notre cœur. Comme celui de Marie : un « oui » inconditionnel.

Les lois ne nous dispensent pas d’être des personnes responsables : devant un pauvre ou un malade qui n’a pas accès aux droits sociaux, je ne peux pas me contenter de dire : votre cas n’est pas prévu dans la loi : je ne peux rien faire pour vous… Nous sommes invités à prendre de la hauteur, à inventer un comportement libre et responsable : il nous faut nous ouvrir à l’Esprit Saint qui peut nous communiquer l’amour et la créativité de Dieu. C’est dans les situations complexes qu’on a besoin de gens inventifs.

Bref : il s’agit d’inscrire toute loi dans l’amour et son esprit d’initiative.

Bien sûr, nous savons que nous ne serons pas à même de vivre à la hauteur de cette exigence.

Ne culpabilisons pas, mais continuons à essayer.

Mais veillons aussi à poser un regard de douceur, de tendresse, de miséricorde, sur celles et ceux qui, autour de nous, n’arrivent pas à suivre certaines exigences … Pas juger, pas condamner : toute loi doit se lire et se vivre à la lumière de la miséricorde.

 

 

JESUS, HOMME DE COURAGE

« Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. » Jusqu’ici Jésus a annoncé la Bonne Nouvelle presque uniquement en Galilée, loin de la capitale et du pouvoir religieux. Il s’est régulièrement heurté aux scribes et aux pharisiens, et il est considéré comme dangereux par les autorités de Jérusalem. Il a mis radicalement en question la loi pour la loi. La loi doit être au service de l’homme et non le contraire. Saint Paul vient de nous dire : « Frères, si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. »

Si Jésus peut nous libérer, c’est parce qu’il est d’abord lui-même totalement libre. Il n’a peur de rien ni de personne. Il se sait menacé, mais il décide en toute connaissance de cause d’être fidèle à la mission reçue de son Père. Il ne se débine pas, ne fuit pas l’épreuve, il l’affronte courageusement et rien ne l’arrêtera. Il s’agit pour lui d’aimer jusqu’au bout et de nous entraîner à sa suite dans cette liberté d’aimer et d’œuvrer à une fraternité vraiment universelle. Sa mort se changera en victoire de la vie et de l’amour pour toute l’humanité et pour chacun de nous.

JESUS, HOMME DE LA NON-VIOLENCE

Jésus traverse la Samarie avec ses apôtres, mais on refuse de les recevoir. Jacques et Jean suggèrent à Jésus d’ordonner à la foudre de détruire ce village. Jésus se retourne et les interpelle vivement. Il les réprimande avec autorité. De nombreux manuscrits ajoutent : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre la vie des hommes, mais pour les sauver. » Jésus ne se venge pas. Son seul but est de sauver, c’est-à- dire de donner la plénitude de la vie à tous les hommes et de n’en perdre aucun. Jésus subira la violence, sans rendre les coups. C’est le non-violent par excellence, qui arrête le cercle infernal du mal en recevant sur lui le mal sans jamais le faire. Il nous demandera d’ailleurs, pas seulement d’éviter le mal, mais d’aimer ceux qui nous en font. Cela peut nous faire réfléchir dans beaucoup de nos situations de conflits de tous ordres.

JESUS, L’HOMME DE L’EXIGENCE ABSOLUE

Cette non-violence de Jésus pourrait nous faire penser à une personnalité neutre, indifférente, laissant tout faire dans une sorte de vague tolérance. Or voici, au contraire, que Jésus propose, à ceux qui veulent le suivre, des exigences presque sur-humaines : il ne supporte aucun délai ; il exige une disponibilité totale et immédiate ; il demande une décision radicale sans regarder en arrière, et comme en foulant aux pieds les sentiments familiaux les plus naturels. Si nous avons compris la nouveauté et la radicalité de l’Evangile, il n’y a rien de plus contraire que l’indécision, que le compromis et les demi-mesures. Non, Jésus ne peut supporter la médiocrité et les faux fuyants.

JE RESUME

Jésus monte courageusement vers Jérusalem. Il affronte l’épreuve et la croix. Il n’est pas un homme de pouvoir, mais de service. Il demande la même radicalité à ceux qui veulent le suivre. Pour qui n’a pas le courage de se risquer à sa suite, mieux vaut s’abstenir. Amen.