A méditer ... conte raconté à la matinée pour tous

LegendeConte raconté dans l'atelier "conte" lors de notre matinée pour tous

La légende du MORIN KHOOR

Il y a de cela très longtemps, dans la vaste pays de steppes et de plaines, qu’on appelle la Mongolie et où les hommes, nomades, rassemblent à cheval leurs troupeaux de moutons et vivent dans des yourtes , sous un rude climat, le jeune Sehke hérita de son père une jument magnifique.

Le père de Sekhe était un dresseur de chevaux très renommé et il allait de tribu en tribu exercer ses talents. C’est ainsi qu’il avait pris la fièvre et qu’aucune décoction de plantes n’avait pu le guérir. Il laissait au monde une veuve et un jeune garçon de quinze ans auquel, sur son lit de mort, il légua sa plus belle jument, Akha, sa fierté.

Sekhe grandit en admirant le courage de sa mère. Elle entretenait la yourte à la perfection, toujours de bonne humeur, la veuve chantonnait du matin au soir :

  • Heureusement, la jument Akha rendait la vie de Sekhe beaucoup plus agréable. La contempler était un ravissement, la chevaucher dans la steppe où le vent hurlait à ses oreilles était son passe-temps favori.
  • Pourquoi pars-tu si loin avec ce cheval ?

S’inquiétait la m ère, en ravivant le fourneau.

Comme tous les fils, Sekhe préférait hausser les répondre que répondre à sa mère...Comment aurait-elle pu comprendre que sur le dos de sa splendide jument, il entendait la mélodie du vent dans la plaine et que ce concert pour lui seul le mettait en joie ?

Hélas l’exception peut susciter l’envie...Cette jument racée, à la foulée puissante et légère, à la robe lustrée et aux grands yeux noirs frangés de cils immenses faisait l’admiration de toute la tribu mais rendait surtout malade de convoitise Gilko, l’héritier du chef du clan.

Gilko avait bien essayé de racheter sa jument à Sekho :

  • c’est une jument royale, elle est pour un futur chef ! Je t’en donnerai 10 brebis et deux ânes, tu fais une excellente affaire et la vie de ta mère s’améliorera...

Sekho ne pouvait se résoudre à lui céder la jument et il refusa, sous prétexte que l’âme de son père, qui la lui avait offerte, ne supportait pas pareille offense...

Alors le mal entra dans le cœur de Gilko :  «  ah je ne peux pas avoir ce cheval de seigneur ? Alors Sekho ne l’aura pas non plus ! » Se dit-il. Et il empoisonna l’eau de sa gourde en peau avant de la vider dans l’écuelle de Akta , un jour que tous les hommes étaient occupés à démonter les yourtes ...

Sekho ne comprit pas pourquoi son vaillant cheval refusait de s’alimenter, fut pris de convulsions puis tomba sur le flanc pour ne plus jamais se relever.

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Quand Akta fut dure et froide comme la pierre, il demeura à ses côtés, sourd aux supplications de son clan qui partait vers d’autres pâtures...

Ni sa mère en pleurs, ni ses amis avec leur sollicitude et leurs paroles de réconfort ne parvinrent à le convaincre de les suivre et il demeura là, protégé du vent par le cadavre du cheval tant aimé au-dessus duquel tournoyaient déjà les vautours.

  • Garde au moins cette chèvre pour te réchauffer et te donner du lait lui avait dit sa mère en suivant la tribu ! Nous partons vers l’Est, tu nous rejoindras quand tu le pourras...

Pendant quarante jours il reste prostré là, sans se laver, mangeant et buvant à peine ...

Le corps de la jument, grillé par le soleil, balayé par les vents, se décomposait peu à peu...

Les nuits de Sekhe étaient agitées de visions terribles, ses journées étaient plates et mornes, tout à la douleur d’avoir perdu ce cheval qui était son trésor.

La 40 è nuit, Sekhe fit un songe extraordinaire : L’esprit de sa jument lui apparaît et lui dit :

Ce que tu crois avoir perdu, est en toi, Sekhe ! La musique que tu entendais quand je galopais pour toi dans la steppe, c’est toi qui la créais...Regarde ma pauvre carcasse...Elle est déssechée et luisante au soleil, sers-t-en pour fabriquer un nouvel instrument et deviens le grand musicien que tu es...Alors tu pourras reproduire le chant d’amour d’un cheval et le souffle du vent dans nos plaines...

Sekho se réveille et se met à l’ouvrage : avec les os durcis de sa jument il crée une caisse et un manche, il y accroche un peu de son cuir tanné par le soleil pour la résonance ...Avec les poils de sa crinières , il tend des cordes, avec unos fin de sa patte et d’autres crins bien attachés il fabrique un archet...Il a créé un nouvel instrument et le son qu’il en tire lui fait monter les larmes aux yeux...C’est comme si toute sa peine lui échappait par les yeux et le lavait de ses journées de souffrance en solitaire.

Alors, il prend la biquette d’une main, son violon de l’autre et il s’encourt retrouver les siens et les faire danser au son du MORIN KHOOR, l’instrument qu’il vient d’inventer.

De nos jours, cet instrument fait la fierté du peuple mongol. Il n’est plus fabriqué en os, comme le tout premier « violon à tête de cheval », mais en bois...Mais ce sont toujours des crins de cheval qui crissent sur les archets !

On dit que cet instrument peut reproduire le hennissement du cheval ou le vent des steppes...Il est utilisé par les éleveurs mongols pour calmer les bêtes qui font des accès d’angoisse...Grâce à lui des chamelles qui ne voulaient plus allaiter leur bébé se sont apaisées et ont retrouvé leur instinct maternel.

Quant à Sekhe, il a vécu heureux, musicien apprécié dans son village, car, comme le chantait sa mère, il a su s’ouvrir une fenêtre quand la vie lui claquait la porte au nez !